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SNOOP DOGGY DOGG - Doggystyle

, 22:18 - Lien permanent

Doggystyle est un grand album, l'un des rares qu'aura finalement laissé le g-funk. Mais un grand album qui, même si Snoop est l'un des meilleurs MCs qui soient, n'auraient rien été sans son producteur. Privé des beats de Dr. Dre, Snoop Dogg ne fera plus jamais aussi bien.

SNOOP DOGGY DOGG - Doggystyle

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Avec Doggystyle, c'était la première fois que le premier album d'un jeune artiste atteignait directement la tête des ventes de disques aux Etats-Unis. Mais à vrai dire, Snoop Dogg n'était pas tout à fait un nouveau-venu. Il avait déjà amplement participé à The Chronic, le chef d'oeuvre de son mentor Dr. Dre, et s'y était fait remarquer par cet étonnant contraste entre un phrasé nonchalant et des paroles plus qu'explicites. Aussi, et plus que sa musique, l'arrestation du rappeur pour une sombre affaire de meurtre avait largement contribué à sa célébrité. Son garde du corps avait tiré sur un homme alors qu'il était à bord d'une voiture conduite par Snoop. Le rappeur s'était livré ensuite aux autorités, après un show sur MTV. Plaidant la légitime défense, il sera disculpé en 1996.

Sorti en novembre 93, Doggystyle a pour dire vrai, et fort heureusement, bien d'autres atouts que la réputation sulfureuse de son principal auteur. Le moins que l'on puisse dire est que la patte de Dr Dre se sent. Ce nouvel album appliquait à la lettre les règles édictées par The Chronic, et se présente dès "G Funk Intro" comme son semblable, parcouru comme lui de beats énormes, d'abondantes nappes de synthé, d'une ambiance coolissime en dépit de paroles crues, et bénéficiant des mêmes collaborations. Le mimétisme est tel que comme son illustre prédécesseur, l'album s'épuise un peu vers la fin. Mais la copie, aussi fidèle soit-elle, est rarement aussi bonne que l'original. Plus de violence et de sexisme dans les paroles (et la pochette) d'abord, moins de tension dans la musique, sans doute, aussi, font la différence.

Les titres les plus connus de Doggystyle sont évidemment les singles, un "Gin & Juice" tout à la fois évident et inquiétant, et surtout "Who Am I (What's my Name)?", très largement inspiré de George Clinton et devenu presque insupportable à force d'être joué et rejoué sur toutes les radios et télés de la terre. Parmi les réussites, ranger aussi un "Tha Shiznit" dépouillé, tout en flûtes, les inquiétants gimmicks et ligne de basse de "Lodi Dodi", le plus vindicatif "Serial Killa", et toujours dans le même genre, les choeurs et les synthés de "Murder was the Case", dont la vidéo sortie en 94 permettra à Snoop Doggy Dogg d'exploiter le procès qu'il avait sur le dos à des fins promotionnelles. Tous ses morceaux, les meilleurs, sont sur la première partie de l'album.

Après "Who I Am ?", toutefois, Doggystyle continue en roues libres (des roues de décapotable, bien sûr), exploitant à fond des recettes qui fonctionnent, à l'image du très attendu "Gz and Hustlas" et du titre de conclusion, "Pump Pump". Notons ausso l'utilisation de plus en plus fréquente de choeurs féminins, heureuse sur "For All my Niggaz & Bitches", plus limite sur le sirupeux "Doggy Dogg World" qui remet pourtant sur le devant de la scène les chanteurs soul The Dramatics. A retenir, peut-être aussi, un "Aint no Fun" qui ressemblerait presque à un vrai titre de funk (le rappeur chante !).

Doggystyle est donc un grand album, l'un des rares qu'aura laissé le g-funk, ce prolongement cool et funky du gangsta rap qui triomphera en ces années là. Mais un grand album qui, même si le rappeur est l'un des meilleurs qui soient, n'auraient rien été sans son beatmaker. En effet, privé de la production de Dre, Snoop Doggy Dogg, toujours star et libéré de son inculpation, ne fera qu'un retour en demi-teinte avec The Doggfather (critiques mitigées, ventes insatisfaisantes), fin 1996, et ne parviendra jamais vraiment à égaler ce premier tour de force.

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