2023 a été une grande année pour les RX. Pas la première, non. Cela fait déjà un moment qu'ils font parler d'eux, à force de s'exprimer à gorge déployée sur tous les beats possibles avec des renforts divers et variés, tantôt un proche de Yung Lean, tantôt Top$ide de Detroit. Mais la sauce a pris. Ces derniers mois, l'heure est venue de concrétiser tout cela, autant que faire se peut, par des albums presque normaux.

RX PAPI - My Name Is My Name

Du côté de RXK Nephew, cela a abouti au très bon 'Til I'm Dead. Et pour Chester Roscoe, alias RX Papi (lui-même pris en charge par les gens influents de EMPIRE), nous avons eu droit à My Name Is My Name, une sortie supposément d'autant plus cohérente qu'elle est produite de façon très monolithique par le seul Pyro6x, et que tout du long, extraits de The Wire à l'appui (avec un petit écart du côté des Sopranos), le rappeur s'identifie à Marlo, le personnage le plus brutal de ce qu'il confie être son programme préféré.

Papi reste néannmois la même personne, celle qui s'est fait connaître en inondant Youtube de ses morceaux. Il est cet adepte de la logorrhée, ce rappeur prolifique et inarrêtable qui a retenu une chose de ses influences, Lil B, Max B et les vaillants shit talkers de la scène du Michigan : il faut livrer tout ce que l'on a, tout de suite, tout le temps. Il faut enchainer les sorties à foison. Il n'y a pas d'autre choix pour les gens qui, comme lui, sont des fauves violents qui ont grandi dans la jungle urbaine de Rochester. Il faut tirer profit de chaque minute qui précède la prochaine incarcération, voire pire, la mort, un sort que RX Papi sait d'autant plus probable qu'il a été, autrefois, celui de son père et de son frère.

Echappé du premier extrait de The Wire placé ici, le titre annonce le projet de Papi sur cet album : montrer qu'il existe, s'imposer dans la cage aux lions qu'est son quartier, par une litanie d'intimidations ("W.A.N.W.") et des menaces de mort ("It's The Other Way"). Il s'affiche comme un improbable survivant en évoquant les nombreux décès dans son entourage ("Riccy Stole My Bike"), en rappelant tout ce qu'il a enduré ("Sword Fights"), en passant en revue ses activités criminelles ("Tug Of War") et en livrant quelques confessions sur sa santé mentale chancelante ("Boss Of All Bosses").

Son envie de brûler la vie, il l'exprime par un rap déclamé d'une voix rauque, sans pause ni refrain, avec de saisissants changements de timbre et de tons, l'imitation d'autres rappeurs (Project Pat sur "Project Pap"), et même des grognements. Il est d'autant plus difficile d'échapper à la hargne du rappeur, que la production se résume à des sons atmosphériques et à des pulsations électriques, à de sortes de drones lourds et angoissants bien comme il faut. Seules variations : le son pesant d'une cloche, comme sur le glaçant "It's The Other Way", entre autres, et puis ce piano sur le morceau final, "Omertà", où RX Papi, impénitent, clame sa fidélité à la délinquance, à cette vie de rue folle dans laquelle sa mère l'a précipité, et dont cet album n'est qu'un long témoignage.

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