SONGS: OHIA - Axxess & Ace

Ce n'est pas un hasard si, après l'album The Magnolia Electric Co., Jason Molina donne ce nom au groupe dont il a toujours été le seul membre permanent. Avec ce disque produit par Steve Albini, ses sons s'étoffent, sa carrière s'accélère, son étoile s'élève. Mais sa période la plus riche, artistiquement parlant, est celle d'avant. Elle est celle de ces albums, Impala, Axxess & Ace ou The Lioness, quand celui qui ressemblait encore à une vague copie de Will Oldham s'impose comme l'un des artistes emblématiques de cette école issue du rock moderne, punk hardcore, indie rock ou, dans son cas, metal (Molina a été un fan de Black Sabbath), qui dans les années 90 redécouvre les vertus de la musique traditionnelle américaine, de cette vague collection de folk, de blues et de country répondant à l'appellation générique d'americana.

SONGS: OHIA - Axxess & Ace

La démarche est très proche, en effet, de celle de Will Oldham. Cette vieille musique issue du cœur des Etats-Unis, le chanteur et guitariste la dépouille de toutes ses joliesses et de ses agréments. Jason Molina n'en retient que le squelette, il en privilégie l'essentiel, ne délivrant que des sons dépouillés et désespérés. Il joue la carte de la sobriété et de la spontanéité, sur Axxess & Ace plus que partout ailleurs, cet album ayant été enregistré dès les premières prises, dans des conditions qui rappellent celles du live. L'atmosphère est celle d'un grand manoir vide et désolé. Le rythme est lourd et lent, mais la main gratte parfois nerveusement la guitare.

On se demande parfois comment font les rappeurs pour placer tant de mots sur des titres si courts. Mais ici, c'est l'inverse : on s'étonne que Molina dise si peu, sur des chansons si longues. Les textes, en effet, sont concis. Et l'instrumentation est toute aussi chiche : un tambourin sur "Love & Work", une seconde guitare sur "Redhead", une batterie jazzy et la voix discrète d'Edith Frost sur "Captain Badass", un ou deux violons sur "Come Back to your Man" et "Champion". Quant au chant, passant sans prévenir du calme aux grands orages, ce dès le très intense "Hot Black Silk", il est rempli de détresse. Car naturellement, tout cela n'est pas toujours joyeux.

Molina se fait des nœuds au cerveau. Ce dont il parle, c'est d'amour, exclusivement, mais d'un amour complexe, fait de ruptures et de retrouvailles, de solitude sentimentale malgré les corps qui s'entremêlent, d'affection qui ne sait lâcher prise, d'amants dont on ne peut se défaire, de maîtresse qu'on renvoie à son homme, des attentes pesantes qu'a l'autre à son égard. Il traite de relations passées dont on ne sait si elles ont été gâchées ou résolues, d'attachement dont on ignore s'il est altruiste ou égoïste, s'il est source de joie ou de peine. Il parle d'un couple qui s'éprouve sur la pièce de résistance de l'album, sa plage centrale et la plus longue, "Captain Badass". Ce qu'on entend entre les lignes, aussi, c'est l'angoisse d'un homme qui sait qu'on n'a qu'une chance de réussir sa vie amoureuse. C'est tout le trouble, glaçant et saisissant, d'un chanteur qui, à même pas quarante ans, sera emporté plus tard par un alcoolisme sévère.

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