DRAKEO THE RULER - The Truth Hurts

L'année 2020 a été faste pour Drakeo the Ruler, en dépit de ses incessants déboires judiciaires et de son incarcération. Pour maintenir sa présence, pour conserver sa place de tête d'affiche du nouveau son de Los Angeles, il a sorti Thank You for Using GTL alors qu'il était encore en prison, un album très remarqué malgré des paroles enregistrées exclusivement via téléphone. Dès après sa libération en novembre, il a proposé rien de moins que deux projets, We Know the Truth et Because Y'all Asked (en fait une refonte de GTL). Et il persévère début 2021 avec un autre où, en plus de ses complices de la Stinc Team comme Ketchy the Great (décédé depuis, percuté par une voiture…), figurent quelques représentants de la scène du Michigan comme Icewear Vezzo, Snap Dogg et KrispyLife Kidd, ainsi que des rappeurs plus grand public comme le protégé de Travis Scott Don Toliver, Pressa, et son compatriote canadien Drake. Oui, Drake.

DRAKEO THE RULER - The Truth Hurts

Présentée comme sa plus grand public, cette sortie pourrait démentir ceux qui soupçonnent une bulle critique derrière l'engouement de la presse spécialisée pour le rap monotone, éraillé et marmonné très bas du Californien. Et pas seulement parce que la star canadienne y figure sur un "Talk to Me" final présent en deux versions quasi identiques. Ce titre, en vérité, tourne très vite au vinaigre et à la goujaterie quand les mots d'amour de Drake s'effacent derrière les propos offensants du rappeur de Los Angeles. Ici, en effet, on retrouve l'ordinaire de Drakeo, ces raps mornes et menaçants à propos d'armes à feu, de marques de luxe ou de sexe oral, énoncés sur une version lente, minimaliste et faussement paisible du son souple typique de la Californie, avec des murmures qui tournent parfois à l'inintelligible. Mais l'album ne se limite pas à cela. "Same Order", par exemple, ne fait pas que convier Icewear Vezzo, c'est tout le son de Detroit qu'on y retrouve, de même que sur "When Thugs Cry". Et sur "Exclusive", Wheezy vient d'Atlanta pour délivrer une production mélodique et moins chiche que les autres.

Cet album révèle aussi une poignée de bijoux. Le flow apathique de Drakeo, son ton en berne et ses propos de gangster anesthésié font des prodiges quand ils reposent sur les notes de piano et de guitare du sublime "Too Icey". L'égo-trip "Dawn Toliver", avec Don Toliver, est entêtant. Le long, minimaliste et fascinant "Pow Right in the Kisser", avec Ketchy the Great, Ralfy the Plug, Remble et Money Monk, est une parfaite démonstration de violence en bande. "Tear the Club Up" pervertit le vieux slogan des voyous qui s'éclatent en discothèque en le déclinant sur une musique souple et paisible. Mélange d'apathie, d'agression et d'humour noir, le rap du Californien trouve avec de tels titres quelques-unes de ses meilleures manifestations.

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