THE GAME - Doctor's Advocate

Entre son premier et son second album officiel, la situation avait évolué pour Jayceon Taylor. Sa dispute avec 50 Cent et sa G-Unit s'était amplifiée, elle avait connu de multiples épisodes. En conséquence, il avait dû quitter Aftermath pour Geffen, autre label du conglomérat Universal Music. Et Dr. Dre, contrairement à ce qui avait été planifié, ne contribuait plus à la production. Néanmoins, par bravade, The Game continuait comme si de rien n'était. Il donnait plus que jamais dans son rap de groupie, revisitant à chaque occasion le son West Coast. Le titre du nouvel album se référait ouvertement à son idole, qu’il ne cessait de citer à tout bout de champ. Et la pochette de ce Doctor's Advocate copiait celle de The Documentary. Aussi, tout comme ce dernier l'avait fait, ce nouveau projet déboulait en tête des ventes aux US.

THE GAME - Doctor's Advocate

Ses atouts restaient inchangés. C'était le même blockbuster que son prédécesseur. Dr. Dre, certes, n'était plus là, mais les producteurs convoqués (entre autres Kanye West, Just Blaze, Scott Storch, Hi-Tek, will.i.am et Swizz Beatz) étaient toujours de grosses pointures, et la liste des autres collaborateurs était longue comme le bras. Le gros son pataud caractéristique du rap grand public de l’époque dominait, et souvent, il faisait mouche, comme avec le plus West Coast que nature "California Vacation", les morceaux tristes et introspectifs de saison "One Night" et "Ol’ English", et dans le cas des contributions de Scott Storch, les violons enflammés de "Too Much" ainsi que "Let’s Ride", une suite tout à fait présentable au "Let Me Ride" de Dre.

Suite logique et attendue puisque, plus encore qu'avec l'album précédent, The Game cherchait à faire revivre ses grandes heures au gangsta rap californien. Tout allait dans ce sens. D'abord plusieurs invités, Snoop Dogg, Nate Dogg, Xzibit et Tha Dogg Pound, étaient de grandes figures de cette époque et de ces lieux. Ensuite les sons : Dr. Dre avait beau ne plus être là, la plupart des producteurs faisaient de leur mieux pour imiter son style, comme avec les sirènes d’origine de "California Vacation". Et enfin les paroles, avec ce défilé de flics et de gangsters, de Bloods et de Crips, d’armes et de meurtres, d’amis tombés au combat, de chronic, de Chevrolet, de filles et de sexe ; le tout évidemment mis en scène dans les rues de Compton ou sur Long Beach.

The Game, c'était du rap qui s'auto-congratule et qui s'auto-référence. Sans arrêt. Les classiques The Chronic et Doggystyle étaient révérés comme des reliques, le fantôme de 2Pac rodait souvent à l'arrière-plan et tout ce que le genre a compté de grands noms étaient cités : des acteurs de la grande aventure du rap West Coast comme Ice-T, Ice Cube, Yo-Yo ou The D.OC, mais pas seulement. Sur "It's Okay (One Blood)", The Game prétendait aussi qu’il était le nouveau Biggie et le nouveau Nas (en compagnie duquel, sur "Why You Hate the Game", il célébrait sa réussite). Et ailleurs, il parlait de Cam’ron, de Jay-Z, de Kanye, d’Eminem, de Jeezy, de Pharrell, de Lil Wayne... De tout le monde en fait. The Game était gourmand, il ne se contentait pas de régurgiter toute la mythologie californienne. Public Enemy y passait aussi quand Just Blaze recyclait le piano de "Black Steel in the Hour of Chaos", sur "Remedy".

Mais bien sûr, la légende du rap qui revenait le plus souvent dans ses textes, c'était le grand absent de l’album. Sur "Compton", The Game expliquait qu’il était la raison pour laquelle Detox, l'album tant attendu de Dr. Dre, ne sortirait jamais : son rap y suppléait. Sur "Doctor’s Advocate", avec le renfort de Busta Rhymes, il adressait aussi une lettre pleine de pathos à son mentor, des trémolos dans la voix. Andre Young était là, il était partout, à tel point que ça en était gênant. Ça ne collait pas, entre la posture bravache du rappeur et son concept de lèche-cul et de fan transi du Docteur. Il y avait quelque chose de grotesque chez The Game, de carnavalesque, y compris dans ses chamailleries burlesques avec ses anciens protecteurs de la G-Unit (rebaptisée pour l’occasion G-Unot), dont on se demande encore si elles étaient réelles ou si elles tenaient de la campagne marketing. Mais qu’importe. Après The Documentary, avec Doctor’s Advocate, à force de se répéter qu’il était le dauphin de Dr. Dre, qu’il était le nouveau messie du gangsta rap, qu’il figurait avec Snoop et 2Pac dans son panthéon ou qu’il était le Rakim de la West Coast, The Game était parvenu à transformer ses fantasmes en réalité.

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