RHYMEFEST - Blue Collar

A l’origine, Rhymefest était un pur produit du sémillant underground rap de Chicago tel qu’il sévissait à la fin des années 90. Collaborateur des Molemen, le trio de producteurs au cœur de cette scène, il a remporté en 2003 la fameuse emcee battle du Scribble Jam, le festival fédérateur de tout l’univers rap indé. Il aurait donc pu être, à l’image d’autres vainqueurs comme Adeem, Sage Francis et Mac Lethal, une figure culte appréciée de certains connaisseurs, mais ignorée du grand public. Cependant, au sein même de ce petit monde, le jeune homme s’était lié adolescent à un certain Kanye West. Il allait en devenir le collaborateur régulier, co-écrire l’un de ses titres emblématiques, "Jesus Walks", et recevoir grâce à lui un Grammy Award pour la meilleure chanson. Grâce à tout cela, et contrairement à ses pairs de la scène backpacker, Rhymefest bénéficierait donc d’une exposition médiatique conséquente.

RHYMEFEST - Blue Collar

Celle-ci se concrétisait en 2006 par un premier album officiel, Blue Collar, où il côtoyait les grands. Il y était intronisé en introduction par Q-Tip, et sur le dernier titre, le potache "Build Me Up", il rappait avec feu Ol’ Dirty Bastard. Il bénéficiait aussi du gros son étincelant en vigueur à l’époque, grâce au travail de producteurs de première division comme No I.D., Chicago oblige, mais aussi Just Blaze, Cool & Dre et Mark Ronson, qui l’avait signé sur son label. Kanye, bien sûr, était aussi au rendez-vous. Il produisait (et rappait sur) le single phare de ce projet, un "Brand New" qui avait été paramétré pour séduire un large public, de même que d’autres morceaux relevés et fiers comme ce "Fever" aux sonorités latines, ce "Stick" très club au parfum old school, et ce "Get Down" très réussi avec ses scratches et ses harmonies vocales.

Rhymefest, cependant, était fidèle à ses origines. Son passé de battle MC s'entendant dans ses jongleries verbales et des morceaux tels que "Dynomite (Going Postal)", qui s’en prenait aux gangsters et aux rappeurs de pacotille. Il nous parlait aussi de l’arrière-plan social difficile, les quartiers chauds de Chicago, dans lequel il avait grandi. Sa ville, il la célébrait pourtant sur "Chicago-Rillas", avec Bump J et Mikkey Halstead. Par ailleurs, Che Smith ne portait pas le nom de Guevara par hasard, et le titre de son album, col bleu, était tout sauf anodin. Comme dans la vraie vie, quand il se présentera avec un certain succès aux municipales de Chicago, ou quand il dialoguera avec le futur premier ministre britannique, David Cameron, à propos de la violence dans le rap, Rhymefest profitait de sa notoriété pour faire état de sa sensibilité sociale.

Sur l’autre collaboration avec Kanye West, un "More" bien supérieur à "Brand New", il parlait des conséquences malheureuses de cette envie bien humaine de toujours en avoir plus, citant le cas d’une star de show-biz, d’un homme à femmes et d’un délinquant de la rue. Cette façon de conter à la suite trois histoires édifiantes, il en usait aussi sur "Tell a Story", ainsi que sur "Bullet", le point d’orgue de l’album, qui se réappropriait le "Bullet and a Target" de Ctizen Cope et dont chaque strophe se terminait par la mort du protagoniste. Sur "Sister", il décrivait les dégâts opérés par la drogue sur une jeune fille. Si "All Girls Cheat", à propos des tromperies des femmes, semblait de loin misogyne, c’était avant tout des hommes que ce titre se moquait. Et sur "Mr. Blue Collar", Rhymefest invitait le poète spoken word Malik Yusef à décrire la vie réelle des minorités, prises en étau entre les préjugés et des emplois peu rétribués.

Kanye West avait dit un jour être un backpacker en Benz, soit d’avoir fusionné le hip-hop underground avec le rap de nouveau riche. Mais il y en eut un autre. Sur "Devil’s Pie" par exemple, Rhymefest était capable de nous parler de malheurs et de pauvreté sur une production chatoyante de Mark Ronson, faite de refrains R&B et d'un sample des Strokes. Mais avec son engagement fortement teinté d’humour, il penchait avant tout vers son ancien statut de rappeur underground, comme allait le montrer le destin de cet album, qui bénéficia d’une considération générale de la critique, mais dont le succès commercial fut plutôt modéré.

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