J. COLE - Cole World: The Sideline Story

Après s'être imposé à Jay-Z, avoir rejoint son label, dégoté une petite place sur The Blueprint 3 et sorti quelques mixtapes remarquées, notamment The Warm Up (2009), puis Friday Night Lights (2011), Jermaine Lamarr Cole, rappeur métis venu de Caroline du Nord, était attendu au tournant en 2011, au moment où il sortait son premier album. Le succès commercial, naturellement, fut au rendez-vous, étiquette Roc Nation aidant. Mais la critique, quoique bienveillante, s'est parfois montrée un peu tiède à l'égard de ce Cole World: The Sideline Story. Et à cela rien d'étonnant, ni d'illogique. Car tiède, cet album l'était lui aussi, bel et bien.

J. COLE - Cole World: The Sideline Story

Généralement, quand un rappeur démarre, il veut impressionner son monde, il est emporté par la fougue de sa jeunesse et il s'efforce, quitte à bâcler un peu le reste, de livrer des morceaux énergiques, des tubes, des bangers. Or, on en trouve très peu sur ce disque. Les seuls moments à pouvoir être qualifiés de tels, ce sont "Mr. Nice Watch", qui se présente comme la tentative dubstep de J. Cole (et qui bénéficie du renfort d'un Jay-Z en forme et tout en double-time), ainsi que le très bon "Lights Please", un morceau déjà connu, issu de la mixtape The Warm Up. "Can't Get Enough", un autre single issu de l'album, n'a pas ce mordant, avec son sample surprenant mais tranquille de Balla et ses Balladins, le groupe guinéen.

Tous ces titres sont lâchés très vite, dès le commencement de l'album. Et partout ailleurs, J. Cole, qui en a produit l'essentiel (avec l'appui de quelques autres, dont No I.D.), privilégie au contraire un son calme, cinématique, orchestré et luxuriant, où les violons sont de sortie (l'ardent "Rise and Shine", un "Breakdown" plein de pathos), et qui tourne à l'ambiance de piano-bar ("Sideline Story" et "In the Morning", autre morceau recyclé, avec un Drake pile dans son élément). Outre les singles, seul l'électronique "Cole World" perturbe ce gentil train-train.

Le ton, aussi, se veut mesuré et introspectif. A force de fréquenter Talib Kweli (il a participé à "Just Begun", le single du retour de Reflection Eternal), J. Cole donne, comme lui, dans le rap "conscient". Il se pose en sage quand il simule un dialogue sur l'épineuse question de l'avortement ("Lost Ones"), quand il philosophe sur les malentendus et les attentes déçues entre hommes et femmes ("Nobody's Perfect", avec Missy Elliott), quand il met en scène une discussion père / fils ("Never Told") ou traite de son rapport à ses parents ("Breakdown").

En fait, J. Cole ne fait pas son âge. Cet album sonne parfois comme celui d'un vétéran, d'un revenant. Avec ses réflexions sur les problèmes de couple et sur la relation filiale, il porte la marque d'un rap entré dans l'âge adulte. Pour le meilleur, avec cette instrumentation riche et ces réflexions parfois fines. Et pour la pire, avec ce déficit d'énergie qui dénote en ces temps fastes, au moment où on parle d'un nouvel underground et où les jeunes pousses du rap se montrent sans cesse plus vindicatives. C'est en cela, et en cela uniquement, que mérite d'être qualifié de tiède ce disque grand public tout de même assez réussi, et musicalement abouti.

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