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EPMD - Strictly Business

, 23:22 - Lien permanent

Strictly Business, s’intitulait le premier album d’Eric Sermon et de Parrish Smith, alias Erick and Parrish Making Dollars, alias EPMD. Les affaires, rien que ça. Ces rappeurs, en effet, poursuivaient des buts simples, sur une route droite. C’était patent, à l’écoute de cette musique unidimensionnelle, marquée par une démarche simple, directe, réductionniste. Avec EPMD, en effet, rien ne dépassait. Le duo n’usait que de deux thèmes : son excellence au micro, et l’incompétence des autres. Pas d’autre sujet, mis à part sur "Jane", l'histoire d'une femme facile qui aurait droit à une suite sur les albums suivants, tous intitulés "business quelque chose", pour souligner encore que le duo ne s'écartait jamais de son chemin.

EPMD - Strictly Business

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Côté samples également, c’était la grosse artillerie. De l'Aretha Franklin, du Rick James, de l'Otis Redding, du Kool and the Gang. Que du connu, que du cramé, à peine maltraité par une pincée de scratch. A cette époque, en effet, on se souciait peu des questions de droit d'auteur. Cela dit, vu le génie avec lequel Sermon et Smith usaient de ces échantillons, vu ce rentre-dedans "Strictly Business" où ils sublimaient la reprise molasse de "I Shot The Sheriff" par Eric Clapton, franchement, c’est ce dernier qui aurait dû les remercier et leur signer un chèque.

Les flows, graves et fiers, ne faisaient non plus dans la dentelle. Ils étaient maîtrisés et impeccables, mais d’une tonalité linéaire, sans variation, sans rupture. L’époque old school, c’était vraiment fini. Avec EPMD, il n’était plus question de jouer et de surjouer, mais au contraire de ralentir le tempo et de donner une impression de facilité, de rapper sur un mode conversationnel. C’était leur truc, pour paraphraser l'intitulé de leur archi-classique "It's My Thing". C’est aussi ce qui leur vaudrait d’être accusés parfois de flirter avec l’ennui, d’être critiqués pour une monotonie que seul un instrumental concocté par DJ K la Boss osait interrompre .

Cependant, il faut bien se rendre à l’évidence. Si Rakim a bouleversé l’art du emceeing, si le Bomb Squad a révolutionné la production hip-hop et si Boogie Down Productions a popularisé les thèmes du gangster, au rayon des groupes new-yorkais fondateurs de la nouvelle école, Eric Sermon et Parrish Smith ont annoncé mieux que quiconque cette sobriété noire et cette austérité fascinante qui allaient dominer le hip-hop hardcore des années 90. Parlez-en donc à tous ces rappeurs d’après qui, à force de s’y référer, feront de ce premier album bourré de samples tape-à-l’œil, à son tour, l’un des plus pillés et cités de l’histoire du rap.

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