Hollywood Records :: 1994 :: acheter ce disque

Plus direct, plus agressif, rempli des voix graves d'hommes en colère et de refrains belliqueux, cet album n'était pas loin de révéler des tubes, même s'il était encore trop décalé pour connaître le succès. Ca partait fort, avec un vibrant "Stress", dont on retiendra ce passage culte, cité plus tard par d'autres, Jedi Mind Tricks en tête :

Why do you choose to mimic these wack MC's?
Why do you choose to listen to R&B?
Why must you believe something is fat
Just because it's played on the radio 20 times per day?
My perception of poetical injection is ejaculation
The Immaculate Conception

Et la suite n'était pas en reste, à commencer par "The Extinction Agenda" et ce passage où Pharoahe Monch simulait une partie d'échec dont il ne pouvait que sortir gagnant. A un fade "Keep it Koming" près, ça prenait aux tripes, ça remuait l'estomac. L'orgue chaleureux de "Why" était l'une des meilleurs sons de Buckwild, rien de moins. "Stray Bullet", qui nous relatait de l'intérieur le parcours d'une balle de flingue, était haletant. Il y avait aussi des titres festifs, comme "Let's Organize", avec Q-Tip et O.C., même si le duo n'avait rien renié des audaces du premier album, à l'instar de cette introduction bizarre déclamée sur un ton éploré.

Ce disque, c'était aussi le festival Pharoahe Monch. Sa voix dominait tout, son flow impressionnait, n'étant in on-beat, ni off-beat, mais jouant à cache-cache avec le rythme. Il rappait avant, après, au-dessus, au-dessous. Il le dominait, il l'apprivoisait, il en faisait sa chose. Même quand Monch donnait dans les lieux communs, s'en prenant aux wack MCs jusqu'à plus soif, ça sonnait toujours neuf.

Par son côté sombre, angoissant, par les prouesses de rappeurs en état de grâce, par cette posture d'incorruptibles du hip-hop, Stress: The Extinction Agenda préfigurait plus que quiconque la branche new-yorkaise du rap indé qui s'apprêtait à naître. Plus tard, d'ailleurs, on retrouverait Monch en solo chez Rawkus (où il sortirait, le comble, un disque démagogique et grand public), et Matt Doo, l'auteur de la pochette, signerait celle du Funcrusher Plus de Company Flow, rendant plus visible encore la parenté entre ces deux grands disques d'un rap sans concession.