BIG L - Lifestylez ov da Poor & Dangerous

Un autre classique rap new-yorkais des années 90. Et un autre rappeur mort par balles. Lamont Coleman, en effet, fut tué le 15 février 1999, à deux pas de son domicile de Harlem. Mis à part quelques disques posthumes, le rappeur, membre du collectif DITC, n'aura donc sorti que cet album trop grave et dur pour avoir su séduire un large public. Dans une interview livrée à l'occasion d'une réédition, Lord Finesse, principal producteur sur cet album, évoquait les compromis que Big L et lui avaient dû consentir, suite aux pressions de leur label, pour rendre le disque plus vendeur et moins austère. Ces concessions, pourtant, ne s'entendent pas vraiment. De l'aveu même du Funky Technician, Big L était trop sombre et trop gangsta pour livrer autre chose qu'une version glaciale du rap de rue new-yorkais.

BIG L - Lifestylez ov da Poor & Dangerous

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Tout, ici, allait dans ce sens. Le titre tout d'abord, qui inversait celui d'une série télévisée de l'époque, Livestyles of the Rich and Famous, et l'écrivait en slang phonétique. Cette pochette, où un Big L plein de morgue trônait au milieu de son quartier, en pleine nuit, accompagné par un posse menaçant. Ce boom bap typiquement East Coast, fait de boucles précises, de basses vrombissantes, de percussions marquées, de cuivres angoissants et évanescents. Le renfort de complices tout aussi inquiétants sur des refrains belliqueux, sur le posse cut "8 Iz Enuff" et sur ce "Da Graveyard" où apparaissait un Jay-Z à l'aube de sa carrière. Et puis ce rap brillant, tout en ego-trips et en style battle flamboyant, et pourtant unilatéralement noir, sérieux et agressif, étalé sur des plages dont les titres annonçaient la couleur sombre ("All Black", "Danger Zone", "Devil's Son"…).

Si, sanctifié par la mort de Big L et par l'aura mythique du rap new-yorkais des années 90, ce disque a bénéficié ensuite d'un statut d'album culte, il ne faut pas oublier les réactions mitigées du début. Autant que le public, la critique a parfois été dubitative. Si la classe du rappeur n'a jamais été en question, beaucoup ont regretté une production en retrait malgré, côté beatmakers, un casting de choix (outre Lord Finesse, Buckwild et Showbiz étaient aux commandes). Et il y a encore du vrai dans ce reproche. Après le départ en fanfare d'un "Put It On" en trompe-l'œil, la musique, par trop clinique, par trop impénétrable, peinait parfois à plaire. Mais c'est la loi du genre. Et honnêtement, aurions-nous accepté autre chose d'un tel disque que des beats aussi froids qu'une rue de Harlem en pleine nuit ?

Vos 5 albums / mixtapes 1995

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