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THE OUTFIT, TX - Cognac / Four Corner Room

, 23:58 - Lien permanent

Ils arborent les initiales de leur état, le Texas, comme une signature, mais ce n'était pas leur intention de départ. A l'origine, The Outfit, TX, s'appelait juste The Outfit, jusqu'à ce qu'un groupe de rock du même nom leur enjoigne d'en changer. L'ajout de ces deux lettres s'est avéré adéquat, tant ce trio est imprégné de l'héritage rap texan, avec sa musique cinématique doublée d'une épaisseur soul, à apprécier pleinement au volant de sa voiture. Mel Kyle, Dorian Terrell et JayHawk Walker, pourtant, ne viennent pas de Houston, la place forte du rap en ces contrées. Ils y ont fondé leur groupe, mais tout trois proviennent en fait de Dallas, une ville dont ils se veulent les porte-drapeaux. Ils y sont d'ailleurs retournés, en 2013, l'année même où ils ont sorti le double-album Cognac / Four Corner Room.

THE OUTFIT, TX - Cognac / Four Corner Room

Autoproduit :: 2013 :: acheter le disque

Celui-ci, dont on ignore le statut (il est vendu comme un album sur plusieurs sites commerciaux, ce qu'il est de facto, mais il est aussi distribué gratuitement sur les plateformes de mixtapes légales), est leur second projet. Cependant, il n'est pas une œuvre collective. JayHawk n'y participe pas, il a laissé le champ libre à Mel et Dorian, les membres fondateurs du trio, qui contrairement à lui sont à la fois producteurs et rappeurs. Ils livrent donc chacun un album personnel, comme Big Boi et Andre 3000 avaient pu le faire autrefois avec Speakerboxx / The Love Below. Et ils prolongent aussi le son de leur premier album, Starships & Rockets.

Celui-ci avait pour sous-titre Cooly Fooly Space Age Funk, lequel était censé définir le sous-genre musical propre au trio : une collision entre UGK pour la touche texane, les susnommés Outkast pour la fantaisie afro-futuriste et la posture arty (les gens de The Outfit, TX sont clairs, ils ne viennent pas du ghetto, et ils ont été bercés par le rap d'Atlanta), et G-Side pour la tournure atmosphérique de leurs sons. On pourrait d'ailleurs croire qu'ils ont volé le nom de leur premier album au Starshipz and Rocketz de ces derniers, mais c'est en fait à un morceau de 8Ball & MJG, une autre de leurs influences les plus manifestes, qu'ils l'ont emprunté.

Cognac / Four Corner Room exploite plus en avant ce style. Mais il met aussi en exergue les traits propres de chaque rappeur. Sur son Cognac mielleux et sirupeux, Mel se révèle le plus habile des deux, verbalement parlant, avec sa voix extrêmement suave et son phrasé souple. Parce que ce rappeur là est plus ou moins le leader du trio, son disque est aussi le plus proche de Starships and Rockets, comme le montrent "Purple Diamond Tea” et “isyagonshakeit?", déployés dès le début. Ces deux titres sont grands, et d'autres aussi, comme l'admirable "Right Brain Tipsy", mais Cognac est globalement le moins inspiré des deux albums. Il est traversé parfois par des moments lassants, comme "Munky Muzik". Et même les ambitieux "Drunk Sex" et "Ride", ou l'interminable "Voyage to Atlanta", qui traduisent l'idéal sensuel et luxueux de leur auteur, ne convainquent pas pleinement avec leur cloud rap et leur construction en plusieurs mouvements.

Il en est tout autrement pour Four Corner Room. Cette partie, dont les beats sont tous de Dorian (alors qu'il seconde Mel à la production sur Cognac), montre à l'évidence qu'il est plus le musicien que le rappeur du groupe, mais aussi, qu'il est à l'origine de l'aspect le plus psychédélique et aérien de la musique de The Outfit. Il le prouve d'entrée avec l'un des morceaux de bravoure du groupe, le single "Hourglass", qui laisse parler longuement une musique onirique, avant qu'on n'y entende de premiers raps. Un mot proscrit a été mentionné quelque part pour qualifier ce morceau : "trip-hop". Et il y a bien un peu de ça. De grandes nappes. Des arpèges majestueux qui surviennent à des moments inattendus, comme à la fin de "Amazing". Des longues plages contemplatives comme avec le piano de "Wake Up". Des effets plus communs dans la musique électronique que dans le rap, comme avec "M.A.R.S.", ou cet "Everyone's for Sale" entre ambient et trance. De la quasi synth pop sur "Straight No Chaser". Et un hommage ouvert à ce grand précurseur de la musique synthétique qu'a été Stevie Wonder, avec "Girl Blue".

Sur Four Corner Room, même s'ils sont parfois à la limite du kitsch et du patchouli, les sons suppléent avantageusement au phrasé saccadé et un peu robotique de Mel, et complètent ce double album qui contentera ceux qui, chez The Outfit, TX, voudront plutôt chercher le rappeur, ou au contraire le musicien.

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