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WILLIAM BUCKHOLZ - Understand Rap

, 14:04 - Lien permanent

Understand Rap, à l'origine, c'est un site Web, dont le principe est de traduire en langage courant, voire soutenu, les propos obtus, remplis de slang et de références obscures, dont sont friands les rappeurs ; de les rendre, comme l'indique le sous-titre du livre, compréhensibles aux grands-mères. C'est aussi, et surtout, un énorme gag, le but étant de rire du décalage souvent cocasse entre les deux versions. Capitaliser tout cela en un livre aurait donc pu être, a priori, une bonne idée, et une chouette occasion de poilade. Mais en fait, non.

WILLIAM BUCKHOLZ - Understand Rap

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S'il ne provoque pas l'hilarité, Understand Rap parvient tout de même à arracher quelques sourires. Le livre se présentant comme un véritable manuel, comme une œuvre d'utilité publique, il amuse par son ton pince-sans-rire, par cette manière qu'il a de retranscrire, avec neutralité et distance, des propos souvent fleuris. A lire l'introduction, très propre, très docte, ou ces remerciements finaux à papa, à maman et au petit Jésus (oui, je sais, les rappeurs les plus gangsta en font autant), on se demande même, parfois, si c'est du lard ou du cochon, si l'auteur, finalement, ne prendrait pas tout cela au sérieux pour de bon.

L'entreprise amuse aussi par cette manière de broder, d'extrapoler, d'écrire des traductions infiniment plus longues que la phrase d'origine, comme pour mieux souligner, en creux, la richesse sémantique du rap. Exemple avec une citation de Snoop (Doggy) Dogg, issue de l'excellentissime "Gin and Juice" :

G's up, hoes down: it is good practice to elevate fellow gangsters who are few in number to a position of equality and respect and to place no value on women of questionable reputation who are many in number. Regarding males and females who don't fall into either of these categories, I don't have any recommendation (p. 50).

Il y a un hic, cependant : c'est qu'à force, on se fatigue de l'exercice et de ses grosses ficelles. On reste circonspect quand, l'auteur, William Buckholz, prolonge artificiellement le plaisir en traduisant, en plus des mots d'argot, des termes compréhensibles à tout un chacun. Ainsi le mot "pain" ("bread") devient-il "de la nourriture obtenue en mélangeant de l'eau avec de la farine" ("food made by mixing water with ground flour"). Il s'amuse tant de cet exercice d'explication que, la plupart du temps, les traductions sont nettement moins intelligibles que les citations d'origine. Mais peut-être est-ce le but poursuivi : démontrer à quel point les rappeurs excellent par leur concision et par leur éloquence...

Understand Rap démontre, en fait, que le même contenu ne s'accommode pas toujours de formats différents. Sur le site Web, l'exercice est plaisant. Le lecteur va consulter ces traductions au hasard des pages, il va s'attarder sur les unes, zapper les autres, rire de certaines. Et puis, quand il en aura assez, il fermera le site, tout simplement, quitte à le redécouvrir deux mois plus tard. Tirant profit de l'interactivité offert par le Web, l'internaute peut aussi s'amuser à proposer ses propres interprétations, ou donner une note à celles qui existent. Bref, sur Internet, ça peut être distrayant et bon enfant. Mais sur livre, c'est lourd.

Le format papier n'apporte rien par rapport au site. Ah, si : via la catégorisation des citations, le livre donne une idée représentative et fiable des thématiques les plus prisées des rappeurs, soient l'argent, les drogues, les insultes, les bagnoles, le sexe, les armes, la mode, les fanfaronnades, et quelques autres. Et à regarder quels rappeurs sont cités, il saute aussi aux yeux que les Sudistes et les gangstas sont les plus drôles, les plus créatifs, les plus riches en réparties improbables, en images marquantes, et en propos haut-en-couleur. Mais à part cela, Understand Rap ne montre finalement qu'une seule chose, connue de longue date : que les blagues les plus courtes sont toujours les meilleures.

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