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MAC LETHAL - Irish Goodbye

, 23:13 - Lien permanent

Mac Lethal a connu, autrefois, à sa petite échelle, un succès d'estime appréciable. Vainqueur ou second de plusieurs éditions du Scribble Jam, il avait été parrainé au début des années 2000 par le webzine Hip Hop Infinity de Jay Seagraves, et il avait sorti son premier album sur le label créé par ce qui était alors le média de référence de la scène rap indé. Seulement voilà, une décennie après, Scribble Jam, Jay Seagraves et Hip Hop Infinity sont des noms qui ne disent plus grand-chose à grand monde. Et, après un bref passage chez Rhymesayers, le temps de l'album 11:11, ce rappeur blanc de Kansas City n'était plus franchement d'actualité.

MAC LETHAL - Irish Goodbye

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Et pourtant, contre toute attente, s'appuyant sur les ressources de Tumblr et de Youtube, il a ressurgi vers 2011, via une vidéo qui le mettait en scène, cuisinant des pancakes tout en rappant à toute allure. Cet épisode cocasse engendra l'un de ces buzz mondiaux invraisemblables dont Internet a le secret. Avec étonnement, on le vit même apparaître à la télévision française. Et on s'aperçut alors que David McCleary Sheldon, de son vrai nom, n'avait en fait jamais abandonné sa carrière de rappeur. Comme tant d'autres de ses collègues, qui ont manqué comme lui leur rendez-vous avec la célébrité, il a continué à sortir des mixtapes à tire-larigot, voire de vrais disques sur sa propre structure, Black Clover Records.

Sorti le 31 décembre 2011, Irish Goodbye est apparu immédiatement après la vidéo aux pancakes. Et, manifestement, Mac Lethal cherchait avec ce disque à capitaliser sur sa nouvelle notoriété. Le titre sonnait comme une démission, cet "au revoir irlandais" étant le moment où un habitué quitte en catimini le pub et ses compagnons enivrés, comme l'auteur nous l'explique sur "No Miracle". Mais en fait, à bien écouter le contenu, c'était exactement tout le contraire.

C'est vrai, il y avait de l'amertume sur ce disque, notamment sur le titre introductif, cet enragé "The Parlour" où le rappeur, bileux, vidait son sac et revenait sur les ratés sa carrière, blâmant au passage des médias à la Pitchfork qui préfèrent s'exciter sur la trap music d'un Gucci Mane, plutôt que sur le rap plus intègre et authentique qu'est, à son sens, le sien. Le dégoût et la rancœur du perdant ne sont jamais loin sur cet album. Mais en même temps, grâce aux beats de Michael "Seven" Summers, collaborateur régulier du rappeur XV et du voisin de Kansas City, Tech N9ne, Irish Goodbye offrait des accroches et des mélodies qui indiquaient que notre homme, finalement, n'allait pas raccrocher si aisément.

L'album était rempli de titres au cœur léger, avec de jolis refrains à siffler sous la douche, comme sur "Morimoto (Just Duet)", "Aviator", "Wooooo!!!", "Every Night" et, moins mémorable, sur le faiblard "Happy to Be Living". Mac Lethal nous y disait que la vie était la meilleure des choses ou, tout simplement, qu'il était content d'être content. Les beats étaient du même bois, avenants, riches et chaleureux, des cordes de "Vodka Tonic With a Lime" aux voix féminines évaporées de "Black Rainbow" et de "Now Miracle". Loin de se cantonner au cynisme et à l'aigreur, Mac Lethal savait se positionner aussi en rappeur sage et sensible, faisant un point sur sa vie ("Quarter Life", "No Miracle"), décrivant les errances d'une Marie-couche-toi-là ("Slut"), ou revenant sur ses racines irlandaises, via l'histoire de ses grands-parents immigrés, accompagné de la musique folklorique idoine ("Jake + Olive").

Irish Goodbye, donc, aura été l'album grand public de Mac Lethal. Mais ce n'était pas pour autant le dernier Macklemore. Ici, peu de démagogie pour adolescents. La preuve, le succès international n'est toujours pas là pour cet homme, qui n'a de toute façon ni le physique ni le potentiel d'une rock star. Le disque montrait toutefois, aussi tardivement qu'en 2011, que ce pur produit du vieil indie rap de Blancs était toujours vivant voire, parfois, tout à fait pertinent et convaincant.

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