Slow Motion Soundz :: 2011 :: acheter ce disque

La production du Block Beataz, en effet, est l’exact opposée des beats pompiers qui ont longtemps dominé la face émergée du rap. Ici, le rythme s’efface ou disparait, les instrumentations flirtent avec la musique de relaxation. Et des sons inhabituels, violon doucereux sur "Came Up", solo de piano en ouverture de "Y U Mad", chœurs vaporeux sur "I’m Sorry" et sur le magnifique "Imagine", accents pop chipés au "10 Mile Stereo" de Beach House sur "How Far", viennent défier les routines du hip-hop, au risque de s’exposer parfois aux limites des musiques d’ambiance : l’absence d’accroche, l’égarement.

Du cloud rap à cLOUDDEAD il n’y a qu’un pas. Et pour un peu, avec cette musique là, on se croirait de retour à l’époque d’Anticon et de son hip-hop expérimental et psychédélique. A une nuance près, cependant, fondamentale : loin d’être dans le même registre abstrait, les paroles perpétuent les thèmes matérialistes dominant dans le rap canal historique. Avec la même morgue que ses aînés, G-Side réinvestit les vieux thèmes de la drogue, de la rue, de la survie, et partage avec eux les mêmes préoccupations carriéristes.

Pour réussir, toutefois, ces deux là ont décidé de ne compter que sur eux-mêmes et de privilégier la voie de l’indépendance. Pour Clova et ST, l’industrie du disque est un mauvais maître. "Oh, tu as eu un deal, félicitations, et mes condoléances, j’espère que tu garderas ton bien" ironise ST sur "Nat Geo". Ailleurs, sur "Inner Circle", le même, tournant en dérision de premières comparaisons entre G-Side et OutKast, rappelle son positionnement aux marges du rap. Et sur "How Far", le duo, paraphrasant Gil Scott-Heron, affirme compter sur sa stratégie internet ("la révolution ne sera pas télévisée, elle sera sur Youtube, mot-clé G-Side") et préférer avancer lentement plutôt que de risquer la panne définitive.

Ainsi les deux rappeurs philosophent-ils sur The One… Cohesive, se montrant tels que cette grande réplique de la fusée Saturn V qui est le principal monument de Huntsville : la tête dans les nuages, mais les pieds fermement ancrés sur la terre ferme.