NAPPY ROOTS - Watermelon, Chicken & Gritz

Qui parle encore de Nappy Roots aujourd'hui ? Pas grand monde. Et pourtant, en 2002, leur premier album pour une major a été l'un des plus vendus de l'année. Il a recelé quelques tubes et il est devenu disque de platine. Mais le sextet, à l'origine une joyeuse bande d'étudiants du Kentucky, n'est pas resté durablement au haut de l'affiche. Quelques années plus tard, sans disparaitre, ils sont retournés sur le circuit indépendant. Leur parcours, en fait, rappelle celui d'Arrested Development. Dix ans plus tôt, eux aussi avaient défendu un rap sympa, arty et bon enfant qui exaltait leur implantation dans le Sud des Etats-Unis, mais ils n'ont pas eu l'impact durable et décisif de l'école No Limit, ils n'ont pas eu la postérité de son style gangsta exacerbé.

NAPPY ROOTS - Watermelon, Chicken & Gritz

Watermelon, Chicken & Gritz, cependant, a mieux vieilli que 3 Years, 5 Months and 2 Days in the Life Of.... Certes, il force la dose sur l'imagerie sudiste. Le titre se réfère aux ingrédients typiques de la cuisine locale, la pochette exhibe le porche d'une maison en bois, emblématique de l'architecture de là-bas. Et les paroles vont dans le même sens. Le groupe joue des clichés liés au Sud, mais pas toujours des mêmes qu'à Atlanta ou à La Nouvelle-Orléans. Eux aussi aiment les belles cylindrées de chez Cadillac et Chevrolet, ils leur dédient le titre "My Ride". Mais plutôt que les strip clubs et le luxe, Skinny DeVille, B. Stille, Ron Clutch, Fish Scales, R. Prophet et Big V célèbrent leur qualité de péquenauds, comme sur "Country Boyz", ou sur ce "Kentucky Mud" qui décrit leur Etat comme un tas de boue surmonté de masures. Plutôt que de jouer aux sapeurs, ils se mettent en scène débraillés et décoiffés sur "One Forty" (No Comb, No Brush, No Fade, No Perm, avaient-ils d'ailleurs appelé leur deuxième album officieux).

Certes, les branleurs et les maquereaux ne sont jamais loin. On parle de violence sur "Life’s a Bitch", et la délinquance figure en arrière-plan. Il en est question sur "Hustla", avec l'argent, les putes, les fringues et les bagnoles qui vont avec. Mais les Nappy Roots n'ont pas l'insolence magnifique de leurs homologues. Ils parlent sur "Set It Out" de siroter du Courvoisier et de jouer au "playa", ou sur "Blowin' Trees" de fumer de la marijuana, mais dans un esprit bon enfant plutôt que provocateur. Le morceau rituel sur l'argent, l'enjoué "Dime, Quarter, Nickel, Penny", est ironique et désabusé ("c'est amusant, comme tout le monde aime l'argent à mort, alors que 3% seulement contrôlent la richesse américaine", dit R. Prophet). Celui sur les filles faciles, "Ho Down", ne donne pas toujours le beau rôle aux rappeurs. Et sur d'autres titres, comme "Ballin’ on a Budget", ils se présentent avec autodérision comme des types fauchés.

Plutôt que dans le nihilisme et l'immoralisme, Nappy Roots donne plutôt, souvent, dans le commentaire social. "Slums" traite de la vie dans le ghetto. "Po' Folks" de cette indigence qui conditionne leur nature et leurs existences, et dont le remède est la religion. Même "Awnaw", leur grand tube, parle de la pauvreté ordinaire des gens du Sud. Quant au morceau "Life’s a Bitch", il illustre longuement son titre : la vie, décidément, est une chienne. Par ailleurs, sur le "Hustla" susnommé, le groupe aborde aussi ce passé esclavagiste qui n'est toujours pas passé, évoquant ces 40 acres et cette mule qu'on a promis autrefois aux affranchis afro-américains.

Leur particularisme sudiste, les Nappy Roots le travaillent aussi à travers leur musique. Souple et suave, imprégnée de guitares et de scratches funky, riche en colorations instrumentales (orgue, piano, mandoline, violons, et même un brin de rock metal sur le remix de "Awnaw"...) et en sonorités très organiques, parsemée de chants et d'harmonies vocales, elle évoque immanquablement le plus grand groupe alors issu de ces horizons : Outkast, période Southernplayalisticadillacmuzik. L'un des rappeurs, Skinny DeVille, a même le flow d'André 3000. Le groupe a l'aspect le plus enjoué, le plus léger et le plus "feel good" de ce rap-là. Le plus inconséquent aussi, parfois. Le plus stéréotypé. Mais pas nécessairement le moins plaisant.

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