DJ RON G - Mixes #1

Quand, à la fin des années 80, Ron G est arrivé sur le marché des mixtapes, celui-ci était déjà dominé par ces figures qu'étaient Starchild, Lovebug Starski, Brucie B et Kid Capri. Pour ce DJ de Harlem, dont la jeunesse lui vaudrait le surnom de "Youngest in Charge", trouver sa place signifiait donc creuser sa niche à soi. Influencé par les goûts de sa mère, grande amatrice de variété afro-américaine, il décida de fondre en un seul mix les chants du R&B et les breakbeats hip-hop. Il ne fut pas le premier à tenter ce genre d'expériences, passé à la postérité sous le nom de blends. Mais il fut celui qui les popularisa, étendant le principe à toute une série de cassettes, qui deviendront très populaires, et gagnant ainsi sa place dans le panthéon des DJs à mixtape, au point de produire plus tard plusieurs artistes rap et R&B (Fat Joe et R. Kelly, LL Cool J et Jennifer Lopez, et même Michael Jackson), et de voir Nas se fendre d'un vers en son honneur sur le grand Illmatic.

DJ RON G - Mixes #1

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Rétrospectivement, pourtant, la série nommée plus tard Blendz (à l'origine, ces cassettes dépourvues de pochettes étaient appelées simplement Mixes), n'a pas grand-chose d'exceptionnel. Comme le montre leur premier exemplaire, elles ne sont que cela, que cette idée bête comme chou : des tubes de variétoche (du R&B comme avec Michael Jackson, mais aussi des choses plus blanches, comme Phil Collins), cuisinés avec les rythmes secs et proéminents du hip-hop, plus quelques scratches, de purs titres de rap (signés Father MC, Salt 'N' Pepa, LL Cool J, etc.), et un brin de ragga / dancehall. Mais il faut rappeler le contexte, pour comprendre en quoi ce qui, aujourd'hui, nous apparaît banal, était alors révolutionnaire.

Si de nos jours, hip-hop et R&B semblent être les faces d'une même médaille, il n'en a pas toujours été ainsi. Le rap, au contraire, s'est d'abord construit en marge ou en opposition à son grand frère afro-américain, lequel l'a longtemps méprisé. En 1990, ils ne convergeaient encore que très timidement, avec le new jack swing de Teddy Riley, et les emprunts sélectifs de Prince et Michael Jackson à l'imagerie du rap. Mais après Ron G, tout cela s'accélérerait, le R&B trouvant souvent sa place sur les mixtapes des années 90, puis sur les albums des rappeurs stars. Le DJ, en fait, aura contribué à ouvrir à l'autre les fans de chaque tradition.

L'autre prouesse est technique. A l'époque de Ron G, en effet, les a cappella des morceaux R&B n'étaient pas aussi facilement disponibles qu'ils le sont devenus. Le DJ devait donc, avec un équipement sommaire, se livrer à quelques manipulations, afin que les breakbeats remplacent les rythmiques ou les musiques originales. A une époque où celle-ci n'était encore qu'un enchainement de morceaux, du type de ceux diffusés en soirée ou sur les radios, ce DJ est en fait celui qui a introduit le remix (pour lui, un synonyme de blends) dans la mixtape, en procédant à ses collages, ou en s'engageant dans des collisions osées, comme celle organisée ici entre le "The Dock Of The Bay" d'Otis Redding et le "I Know You Got Soul" d'Eric B & Rakim. De fait, si sa collection de Mixes a aujourd'hui un aspect presque facile et désuet, il serait injuste de minimiser l'impact de Ron G sur l'histoire du hip-hop.

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