THE DAYTON FAMILY - Charges of Indictment

Quelles raisons y auraient-ils eu en 2011 de s'intéresser au énième album, le huitième pour être précis, d'un groupe vétéran du rap, apparu certes à l'époque dorée des années 90, mais qui, issu d'une scène marginale, n'a jamais occupé le premier plan ? Peu, il faut croire. Le Charges of Indictment de la Dayton Family, en effet, n'a pas été couvert outre-mesure par la critique. Il y eut une exception cependant, le magazine Spin, qui a eu la bonne idée de placer ce disque en bonne position dans son classement de fin d'année, et qui a fait ainsi un choix judicieux, tant cet album, par son entrain et son énergie, en remontre à la jeune génération.

THE DAYTON FAMILY - Charges of Indictment

Le truc de la Dayton Family, ça a toujours été un gangsta rap exacerbé, confinant à l'horrorcore. Logique pour un trio qui porte le nom d'une avenue coupe-gorge de sa bonne ville de Flint, dont la composition n'a jamais été stable du fait de séjours en prison, et qui s'est fait connaître dans le Sud, bien qu'issu du Michigan, via une compilation manifeste du label No Limit, Down South Hustlers (1995). Ajouté à cela le fait qu'ils soient passés sur les labels de quelques figures notoires du hip-hop le plus morbide et le plus tordu, celui d'Esham par le passé, le Hatchet House de l'Insane Clown Posse aujourd'hui, et l'on peut se faire une idée du type de rap, violent et sauvage, pratiqué aujourd'hui par Bootleg, Shoestring et Backstabba.

Cette idée prend une forme plus concrète à l'écoute cet album ouvert par de rituels coups de feu, et où l'on parle tour à tour de tueurs de prostituées (le redoutable "Prostitute Killa") et autres psychopathes ("Murder"), d'absorption massive de drogues ("Pill Pop'n", avec Gucci Mane) et d'une ville soumise au crime (le dévastateur "Murder City"), le tout sur des instrus virevoltantes. C'est tellement Grand-Guignol que ça vire à la farce, comme avec "Cocaine", une parodie du générique de la série Cheers, dont le "sometimes you want to go where everybody knows your name" se change en un "sometimes I wanna go where everybody sells cocaine".

Ce titre n'est pas le plus mémorable, mais il est représentatif de cet album dominé par des excès stylistiques et par des raps pêchus. Il est symptomatique de ce disque qui, exceptées les mochetés R&B ou chantées habituelles ("Live my Life", "Sunshine") et quelques morceaux en pilotage automatique, est mu par le feu sacré qui habite ces brutes épaisses. Avec Charges of Indictment, ces vétérans nous ont prouvé, au début des années 2010, que le gangsta rap qui culbute et qui cogne n'était pas l'apanage exclusif de jeunes pousses à la Waka Flocka Flame.

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