N. K. JEMISIN – The Obelisk Gate (La porte de cristal)
Publié le 16 août 2016,
chez Orbit Books.
Episode deux, pour l’une des trilogies de science-fiction ou de fantasy (de science-fantasy, donc, on suppose) les plus célébrées de la décennie passée. Et cette fois, avec The Obelisk Gate, N. K. Jemisin ne peut plus nous faire les mêmes surprises qu’avec The Fifth Season. On commence à se faire à son monde de la fin des temps, rythmé par ses caprices telluriques. On s’habitue à cette narration à la deuxième personne, dont on comprend qu’elle n’est pas seulement un exercice de style, mais qu’elle dissimule l’un des protagonistes de l’histoire. Et puis, dans ce nouveau tome, il n’y a plus ces récits concurrents, qui relataient trois étapes de la vie d’une même héroïne.
Tout au contraire, la série The Broken Earth (La Terre Fracturée en VF) retrouve ici un peu de normalité. The Obelisk Gate, c’est l’exemple même du volume intermédiaire, et parfois frustrant, que nous offrent la plupart des trilogies. Celui où domine l’attente. Celui pris en tenaille entre les révélations intrigantes du premier et l’apothéose que nous réserve fatalement la conclusion.
L’intrigue, en effet, y est plutôt statique. Pour l’essentiel, on suit la nouvelle existence de l’héroïne, Essun, dans la ville souterraine de Castrima, au milieu d’une communauté bigarrée faite d’humains ordinaires, d’orogènes (les magiciens du coin, capables de faire bouger la croûte terrestre) et de ces curieux « stone eaters » (les mangeurs de pierre) découverts dans le précédent livre. L’action est maigre, les personnages tournent en rond, l’intrigue avance à tout petits pas, le récit se focalise sur la vie et les tensions de cette communauté qui tente de survivre à la destruction du monde.
Ce second livre qui raconte un siège, façon Gouffre de Helm, ne sert au fond qu’à clarifier la dynamique de l’univers imaginé par Jemisin. On en apprend un peu plus sur son fonctionnement, avec ses histoires d’obélisques volantes, de Terre en colère et de Lune devenue folle. Il nous présente aussi les forces occultes et les factions plus ou moins souterraines qui gouvernent la marche de son univers. Mais ce n’est guère qu’à la fin, comme le veut la loi du genre, que les choses s’emballent et qu’elles prennent un tour apocalyptique, à grand renfort de pyrotechnie de dimension planétaire, manipulée par un être surpuissant à l’aide d’artéfacts magiques. Yeah…
L’histoire d’Essun fait avancer l’intrigue, mais elle n’est pas toujours palpitante. Beaucoup plus, cependant, l’est celle à propos de Nassun, sa fille. Dans le volume précédent, on savait celle-ci en errance. L’orogène avait traversé la moitié d’un continent pour la retrouver, sans succès. On apprend cette fois ce qu’elle est devenue. On suit Nassun avec Jija, un père déchiré entre l’amour pour sa fille et sa haine viscérale pour ce qu’elle est : une orogène, une « rogga », comme sa mère. On la voit rejoindre une autre communauté et tomber sous la coupe de Schaffa, l’homme inquiétant qui, autrefois, avait eu la garde d’Essun (décidément, le monde dépeint par Jemisin est bien petit ; il a beau être d’échelle continentale, on n’arrête pas de tomber sur de vieilles connaissances…).
On suit le cheminement affectif de Nassun. Enfant dressée à la dure par une mère qui voulait la préparer aux dangers du monde, trahie par un père qu’elle adorait, recueillie par un homme trouble qui semble la comprendre, elle va se convaincre qu’elle est bien le monstre qu’on voit en elle, elle embrassera même cette identité, dans un élan de nihilisme. C’est cet autre récit, celui de la naissance du mal, qui retient le plus l’attention dans The Obelisk Gate. Il est le seul qui captive, celui qui nous rend impatient d’assister aux retrouvailles finales entre la mère et la fille.