COMMON GRACKLE – The Great Depression

COMMON GRACKLE – The Great Depression

Sorti le 5 août 2010,
chez Fake Four Inc.

Franchement, ça ne tiendrait qu’à moi, je l’aurais vite laissée aller, cette eau de vaisselle indie pop. Je l’aurais laissée couler sans regret dans le siphon, cette musique typique d’un après-rap qui a sombré dans les mélodies mièvres et la mélancolie à deux sous. The Great Depression, que ça s’appelle. Et effectivement, il y a quelque chose de déprimant à entendre, sur des sons à l’avenant produits par ce bon vieux Factor, ces chroniques d’un blues quotidien chantonnées par Gregory Pepper (le sosie caché d’un autre Grégory chantant, Lemarchal celui-là, ai-je lu sur notre forum).

Cependant, il y a Ceschi dans l’histoire. Il rappe par endroits sur ce disque, et il l’a sorti sur son label, Fake Four. Cela milite fortement pour donner une deuxième chance à ce Common Grackle. Ce qui, au bout du compte, ne s’avère pas une mauvaise idée. Car par moments, quelques bons morceaux de lard émergent de ce brouet tout en chansons trop jolies. Et quand je parle de morceau de lard, je ne pense pas à Kool Keith, qui vient prêter sa voix au morceau d’ouverture, « Thank God It’s Monday », en invité assez surréaliste (mais notre Ultramagnetic MC, notre Dr Octagon, notre Black Elvis, notre Spankmaster, n’a-t-il pas toujours évolué au-delà au réel ?).

Non, je parle plutôt des titres où Ceschi vient au micro, « The Great Depression » et « Magic Beans ». Et puis, à mi-parcours, de ces « Down With The Ship », « Big Marquee » et « Please Stop », qui valent mieux que l’exercice de pop mollassonne dont ils ont l’air. Surtout qu’à bien écouter les paroles, le gars Pepper fait montre d’assez d’autodérision. On réalise vite qu’il est plus futé qu’il en a l’air. Avons-nous déjà entendu parler d’un concert de grindcore sur un ton aussi craintif et doucereux avant « At The Grindcore Show » ? A-t-on vu un type s’amuser ainsi du contraste entre sa musique toute douce, son gentil minois de gendre idéal et des paroles héritées de notre vilain rap tout malpoli (cf. « Safe Word Play »), ou encore remporter l’oscar du jeu de mots en donnant à ses morceaux des titres potaches (« Hannibal Lecture ») ? Non, pas si souvent.

Et que dire du nom du groupe, celui de cet oiseau capable d’imiter le son de nombreux autres, comme s’il s’agissait de dire que ce disque était un plagiat, ou une parodie ? Ou enfin de ce « Magic Beans » où Pepper se plaint, en présence du patron de son label, que celui-ci le paye avec des cacahuètes (enfin, avec des haricots magiques). Comme quoi, il faut toujours y revenir à deux fois pour jouir d’un disque. Voire plus, quand il porte le sceau de Fake Four et des frères Ramos.

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