ROMA DI LUNA – Face Of My Friends

ROMA DI LUNA – Face Of My Friends

Sorti le 14 avril 2006.

Alexei Casselle est plein de ressources. Pendant des années, il a été membre d’Oddjobs, l’un des groupes les plus emblématiques de l’underground hip-hop du Midwest, avant de réinventer le rap tout entier au sein de Kill The Vultures et de livrer avec The Careless Flame l’un des disques les plus singuliers de l’an passé. Mais celui qui se fait appeler Crescent Moon quand il rappe ne s’arrête pas là. Il ne se limite pas au hip-hop, fut-il coloré de punk et de jazz comme chez Kill The Vultures. En parallèle, il est le guitariste de Roma Di Luna, un duo folk dont l’autre membre, chanteuse et violoniste de formation classique, n’est ni plus ni moins que son épouse, Channy Moon Casselle. Et ce Face of my Friends sorti par le couple, n’a rien à envier à The Careless Flame.

Roma Di Luna exploite une tradition folk américaine vieille de plus d’un siècle. Limitée à deux protagonistes et à des instruments rudimentaires, leur musique est retenue, dépouillée et sans âge. Composé exclusivement d’un violon, d’une guitare acoustique et de la voix hantée de la chanteuse (voire de celle de Casselle lui-même, qui s’essaye au chant, et pas trop mal, sur « The Blade In Your Back »), le son est le contraire exact du rap. Il n’y a que des mélodies étirées, et pas la moindre percussion pour marquer le rythme, si ce n’est le tambourin las de « Before I Die » et les maigres handclaps d’un « The Face Of My Friends » presque enjoué. Cependant, dans les complaintes tragiques de Channy, dans ses chants de désespoir, transparaît la même déchirure que chez Kill The Vultures, la même beauté sèche et abrasive qui vous prend à la gorge.

The Careless Flame et Face Of My Friends évoluent dans deux univers distincts, mais ce sont les deux faces de la même médaille. D’une même durée, à la minute près, ces deux disques très courts provoquent un effet semblable. L’un comme l’autre commence par son titre le plus intense, ici le magnifique « Before I Die », d’une puissance telle que la suite paraît injustement fade. Et pourtant, dans les deux cas, les plages suivantes sont tout aussi bonnes, par exemple « Brother », ce « The Blade In Your Back » où Alexei le chanteur retient à grand peine Crescent Moon le rappeur, et le morceau final « Ice Cold Body », quand la magnifique voix à la fois fragile et sans faille de Channy Moon Casselle ne s’entend plus que de loin, comme si elle était déjà partie.

Il n’y a pas plus dissemblables que les deux derniers disques d’Alexei Casselle / Crescent Moon. Mais écoutés l’un à la suite de l’autre, il n’y a rien eu de meilleur en cette fin d’année 2006.

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