KENNY MASON – Bulldawg
Sorti le 12 mai 2026.
L’avantage avec les fusions rap et rock, c’est que ces deux genres sont si éclectiques qu’ils permettent une infinité de combinaisons. Leurs formes, aujourd’hui, sont très distinctes de l’originale, ce rap new-yorkais nourri aux samples de metal popularisé par Run-D.M.C., Beastie Boys, Public Enemy et les autres. Depuis, dès la vague d’Anticon et du rap indé, c’est l’indie rock qui a été mêlé au hip-hop. Et puis tard, à travers toute la mouvance Soundcloud, de Ghostemane à XXXTentacion, ce sont parfois les formules et les paroles tirées de la trap music qui se sont mélangées à un vaste panel d’influences rock. Enfin est arrivée la tendance rage, quand le rap s’est fondu encore davantage dans l’énergie du punk, voire le bruitisme expérimentaliste de l’indus.
Le rap de Kenny Mason, révélé depuis son single « Hit » et l’album Angelic Hoodrat, est apparenté de loin à cette mouvance. Issu d’Atlanta, sa musique produite entre autres par Coupe, le partenaire de Young Nudy (dont le « Pancake » est samplé sur l’album), a naturellement un substrat trap. Mais à cela s’est greffé la passion tardive du rappeur pour ce rock alternatif du tournant des années 80 et 90, shoegaze, grunge et autre, découvert via la bande son de ses jeux vidéo.
Accompagné par d’autres rappeurs / rockeurs dans la même veine (Paris Texas, Dominic Fike), son dernier album, Bulldawg, l’un de ses plus réussis, témoigne encore de cela. Les chants et les guitares sont de mise sur « Whatunwannasay? ». Avec sa basse proéminente et ses soudaines giclées de guitare, le très bon « Come True » évoque franchement les Pixies. « Find God » est un morceau acoustique tranquille. Et un titre comme « Street Car » n’a plus aucune trace de rap.
Et Bulldawg a encore plus d’éclectisme à montrer. Sur « Bullkiller », s’entendent des chants gospels, avant que ne surgisse un synthé triomphant à la Jeezy (et ce n’est là que la première partie de ce titre). Plus tard, on entend de nouveaux chœurs et des violons soul sur « Citgo », des intonations R&B sur « Break Time » et « Here 2 Stay » (avec effets screwed en prime sur ce dernier). Et puis dans ce registre, il y a le beau dialogue final avec Dieu et le diable, « 7Eleven »
Au fond, seuls les thèmes (l’affirmation de soi, la survie, sa résilience, la revanche et la rédemption de celui, le bulldog, qui évolue dans un monde de vices et de débauche, et qui n’a pas toujours eu la vie facile), très bien ancrés dans les habitudes (t)rap, témoignent d’une certaine cohérence.
I’m bringing rap back, I’m bringing rap back
I’m bringing rock back, this shit ain’t rehab.
Je ramène le rap, je ramène le rap
Je ramène le rock, ça n’a rien d’une réhab.
Sur « Bounce Wit Me », Kenny Mason dit exceller sur plusieurs tableaux. Mais cette hétérogénéité est aussi sa limite. L’album est inégal et décousu, sa première moitié est tout juste passable. Même les morceaux rock évoluent entre des sons très pop, et des choses plus rudes et authentiques, Néanmoins, ce que Kenny Mason prétend a un fond de vrai. Bulldawg a de grands moments.