DC2TRILL – Family Matters
Sorti le 25 juillet 2023,
chez Concrete Rekordz.
« DC », parce que notre homme s’appelle Dillan Caster, et « 2Trill », parce qu’il se dit « too trill », « trop vréel », venant de l’endroit même où le terme a été inventé : Port Arthur. Cependant, en dépit de cette origine, de son sample de DJ Screw (« Smooth Operator ») et de son intérêt pour la lean (« A Purple Matter »), sa musique ressemble peu à celle d’UKG, ni à celle de la métropole voisine de Houston. On découvre plutôt, chez ce rappeur révélé sur Soundcloud en 2015 via le titre « PassAround », sa proximité avec celui qui l’a embarqué sur son grand bateau : Lil Yachty.
DC2Trill, en effet, appartient au label et collectif du rappeur d’Atlanta. Les deux hommes ont scellé leur association en 2021 à travers le clip de « Lord Of The Beans », qui les montrait se faire tatouer sur le torse le nom de la nouvelle structure, les Concrete Boys. Aussi, sur Family Matters, l’album le plus accompli sorti à ce jour par le Texan, perçoit-on parfois la passion de son acolyte pour le rap du Michigan. On la constate à travers les sons, comme avec la présence de G.T., ou celle de Babyface Ray sur le single phare de cette sortie, « Smooth Operator ». Le formidable « Van Cleef Anklet » et le notable « No Pardens », par exemple, semblent venir tout droit de Detroit.
Mais DC2Trill ne se limite pas à cela, il a plus d’une corde à son arc. Si « Smooth Operator » porte le nom du tube de Sade, c’est qu’il parle lui aussi d’un homme qui use des femmes sans les aimer (à la première personne, cette fois) et que ses sons sont aussi suaves que ceux de la chanteuse. D’après le rappeur, Family Affairs devrait être fidèle à son titre, et traiter de sa famille, de son entourage. Mais à bien l’écouter, c’est surtout de filles dont il parle, avec les beats lents et soyeux adéquats, comme celui de « PopIT4Crete », le très bon duo avec sa collègue KarrahBooo.
Le long de sa courte demi-heure, cet album se révèle varié, il traverse plusieurs paysages musicaux. Le rappeur de Port Arthur ne s’est pas rapproché par hasard de Lil Yachty, et il ne partage pas sans raison un titre avec CEO Trayle. Il est parfaitement en phase avec ces ATLiens quand il multiplie les bizarreries : titres découpés en mouvements (« Grooviest In The World », « A Purple Matter »), ralentissement intempestif (« FOMO », « Van Cleef Anklet »), changement soudain de voix (« B.R.A Freestyle »). Au bout du compte, il n’y a donc pas grand-chose de trill ou de Texan dans tout cela. On y trouve néanmoins de très bonnes choses.