TELEVISION – Adventure
Sorti en avril 1978,
chez Elektra Records.
Jamais vous ne verrez Adventure estimé pour ce qu’il est, toute chose égale par ailleurs. Tout texte à son propos le compare inéluctablement à son prédécesseur, Marquee Moon. La raison en est claire : dès sa sortie, malgré un timide succès commercial, le premier album de Television a été considéré comme un immense chef d’œuvre. La seconde, c’est qu’il n’y aura rien d’autre auquel le mesurer, le groupe de Tom Verlaine et de Richard Lloyd ne sortant plus rien en commun avant leur reformation des années 90. La pochette même invite à comparer ce disque au précédent, étant très similaire. Tous les membres du groupe y posent encore, pas spécialement souriant, dans un encadré monochrome. Toutefois, les différences (la posture moins uniforme des quatre hommes, un rouge éclatant plutôt qu’un noir sinistre) indiquent que cet album est distinct du précédent.
Le titre l’annonce : ici, le groupe devient plus aventureux. Ou tout du moins, plus éclectique. Si les arpèges de guitare sont encore là, dès le titre « Glory », si le groupe aime toujours commencer par un riff simple pour mieux divaguer ensuite, si l’on entend encore de savants dialogues entre ces instruments, d’autres se font une place, comme l’orgue et le piano sur « Carried Away ». Les sons sont plus variés, moins attendus, comme avec ce faux airs de thérémine en intro de « The Fire ». Par ailleurs, il y a moins de cohérence entre les morceaux, dont plusieurs ont été écartés (comme celui qui intitule l’album, qui réapparaitra sur une réédition CD), au terme d’un processus de sélection qui témoigne des divergences croissantes entre Tom Verlaine et Richard Lloyd.
La plupart de ces titres sont moins tendus qu’avant, ils sont plus apaisés. L’atmosphère, souvent, est plus onirique que cauchemardesque, comme avec le quasi-instrumental du magnifique et du final « The Dream’s Dream ». Même si l’élégance et la poésie sont toujours bien présentes (on ne se fait pas appeler Verlaine sans raison), la nervosité et la tension dramatique propres à l’album précédent se sont quelque peu effacées. Le cas d’école, c’est le joli « Days », parfois décrit comme une transition entre les Byrds et REM, ou bien encore la ballade « Carried Away », Quant à « Careful », il s’agit d’un gentil titre pop sur le plaisir de paresser auprès de l’être aimé.
Cependant, d’autres titres sont plus rock’n’roll, comme l’antimilitariste « Foxhole » et le très bon « Ain’t That Nothin' », avec son riff et son refrain très stoniens, un titre dont les paroles laissent transparaitre la montée des tensions dans le groupe. Au bout du compte, il n’y a guère que le mélancolique « The Fire », avec son superbe solo final, qui renoue avec les entrelacs de guitare agités de Marquee Moon, qui rappelle sa musique divine et élégiaque sur cet album qui est autre chose, sur ce disque qui n’est qu’un classique du rock, alors que le premier en est le pinacle.