IJAHMAN LEVI – Haile I Hymn (Chapter One)
Sorti en 1978,
chez Island Records.
I Hymn (Chapter One) est un album de prières. Il est fait de suppliques, d’oraisons, d’odes et d’implorations, dont certaines dépassent les dix minutes. Car Trevor Sutherland, alors, a trouvé la foi. Après un début de carrière en Angleterre dans les années 60, puis une peine de prison au début de la décennie suivante, il est retourné dans sa Jamaïque d’origine et, renommé IJahman Levi, il est devenu rastafarien. Et ce premier album chez Island Records est imbibé d’une intense spiritualité. Intégralement dédié à Jah, c’est du pur reggae roots. Sa majesté impériale Haile Selassie, les rivières de Babylone, le Royaume de Sion, la tribu de Judah… Tout est là.
A l’origine, avant la signature sur le nouveau label, il n’y a que deux titres, « Jah Heavy Load » et « I Am A Levi ». Ils sont alors encore dépouillés (et bien sûr, préférés des puristes). Mais une fois leur auteur arrivé chez Chris Blackwell, ceux-ci sont enrichis deux fois. D’abord, les originaux sont retravaillés, dans le but probable d’accrocher un public plus large. Ensuite, deux autres titres leur sont adjoints. Pour épauler IJahman Levi, le renforcent aussi de nombreux musiciens de reggae, parmi lesquels Sly & Robbie, ainsi que des gens venus d’autres horizons, comme Steve Winwood.
Dans cette ère, celle de Bob Marley, Island cherche à marketer le reggae auprès du très bancable public rock. Aussi le label apporte-t-il tout ce soin à l’album, ainsi qu’une grande place à la guitare. Contrairement aux habitudes du reggae, celle-ci prend de la place, elle se lance dans des solos. Tout retravaillés soient-ils, les titres originaux n’en sont pas moins magnifiques, avec ce chant qui tourne à l’imploration sur « Jah Heavy Load », avec cette flûte légère qui habille « I’m A Levi ».
Les morceaux ajoutés sont plus contrastés. Doucereux et affecté, surchargé d’orgue et de percussions, augmenté de passages spoken word dispensables, le bien trop long « Zion Hut » est le plus faible de l’album. Mais l’autre ajout, « Jah Is No Secret », n’est lui rien que splendide. Là, les mélodies irrésistibles de grandes envolées de cuivre accompagnent un IJahman Levi proprement possédé, et une nouvelle guitare instrumentale clôt bellement l’affaire. Ce titre est prodigieux. C’est le meilleur des chants de messe. C’est le plus beau morceau de reggae que nous ait offert la création. C’est une offrande à Jah. Et comme tout l’album qu’il habite, c’est un vrai cadeau de Jah.