PENNY – The Clockforth Movement

PENNY – The Clockforth Movement

Sorti le 29 octobre 2002,
chez Plague Language Records.

Grâce à Noah23, Plague Language s’est affirmé au début de la décennie 2000 comme un label important d’une scène canadienne blanche et arty, part intégrante de la grande nébuleuse rap indé. Pour autant, les patrons du label ne se sont pas limités à leur pays. L’une de leur recrue, Penny Dahl, n’a pas été dénichée dans la froideur des environs de Toronto, mais à San Francisco.

Et cela s’entend : la demoiselle partage avec les gens de la face cachée de la West Coast (Project Blowed, Shape Shifters, etc.) un goût prononcé pour les phrasés rap supersoniques et une propension marquée à changer de tempo, voire à glisser vers le chant ou, à l’opposé, vers le spoken word. Côté paroles, c’est souvent obtus et cryptique. La rappeuse, par ailleurs, est portée sur l’introspection plutôt que sur les rodomontades, et elle aborde des thèmes sérieux, comme quand elle traite avec Noah23 et Troubadour des attentes de la société envers les femmes.

Mais l’intérêt de ce Clockforth Movement ne s’arrête pas aux compétences vocales et au talent d’écriture de Penny. Concoctées par les beatmakers du gouffre Wes Bonifay, Rajbot, ainsi que par Manicdepressive et Ognihs des Suspended Animators, bâties pour une bonne part sur des samples de guitare acoustique, mâtinées à l’occasion d’effets ambient, les instrus sur lesquelles la Californienne pose son flow accéléré sont toutes de petites vignettes rap (vraiment toutes petites : l’album ne dure même pas une demi-heure) inventives et complexes. Elles s’amusent à défier les conventions. Et pourtant, souvent, elles sont absolument craquantes et accrocheuses.

Il faut être un mauvais coucheur pour ne pas succomber aux réussites que sont « Thisorder », « Parents » et « Air Drops », ou aux raps malicieux, touchants et parfois humoristiques de la rappeuse, comme par exemple cette histoire de bénédiction divine par email accompagnée d’une dédicace de Saint Johnny Cash. The Clockforth Movement n’est pas parfait, l’auditeur exigeant lui reprochera un court passage à vide dans son dernier tiers. Mais le titre conclusif, un « Penciled Cursive-Red » idéal, fort d’un sample du « Day Is Done » de Nick Drake adroitement renforcé par des percussions, balaie ces quelques réserves : ce premier album, qu’on se le dise, est irrésistible.

Avez-vous aimé cet article ? 

Cliquez sur une étoile pour l’évaluer.

Note moyenne 0 / 5.  Nombre de votes :  0

 Pas encore de votes. Donnez la première note.

 Comme vous avez aimé cet article…

 Suivez‑nous sur les réseaux sociaux ! 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *