EPIC – Heater In My Truck II
Sorti le 27 février 2026,
chez Hand’Solo Records.
Epic, le rappeur des prairies, se rappelle à notre souvenir. Ces deux dernières années, il est réapparu à travers plusieurs collaborations (Nassau Manor avec Rob Crooks, A Library Called Calder avec Deadly Stare). Et en 2026, on le voit sortir son premier solo depuis longtemps. Cet album se présente comme une suite à Heater On My Truck, un vinyle sorti en 2003 pour annoncer (le très bon) Local Only, et cela nous remémore la petite place qu’Epic a eue, un quart de siècle plus tôt, dans l’underground canadien. D’autant plus qu’il rameute ici d’autres figures de cet ancien petit monde comme Moka Only, DJ Moves (tous deux à la production) et le fantasque Noah23.
La particularité d’Epic, c’est qu’il n’a jamais ressemblé à un rappeur. Quant à ses paroles, elles n’ont jamais vraiment été les fanfaronnades propres au genre. Ce que le Canadien raconte, c’est la province de l’Alberta et c’est son quotidien trivial, celui dont la pochette nous offre un aperçu. Il nous parle de ces détails insignifiants que sont sa carrière improbable de rappeur confidentiel, une virée à Rome au milieu des pièges à touristes (« Rome (Day Job Retirement) »), de vieux trucs accumulés dans son garage (« Old Shit Out In The Garage ») et ses lunettes rafistolées (« Taped Glasses »), stéréotypes du nerd, le tout avec un humour pince-sans-rire vaguement désabusé.
Epic, néanmoins, a longtemps insisté sur un point : il n’aime que le rap. Il est un vrai enfant du hip-hop. Et il le démontre encore quand il fait de l’égo-trip (« Rapping Phenomenal ») et quand il lance des « check check check » à tout bout de champ (« Lethal Test Pressings », « Us », « Lawson », « Survey In A Box »). Le Canadien paie son tribut au hip-hop quand il honore ses formats fétiches, la cassette et le vinyle (« Cassettes »), quand il dégaine le scratch (« Lawson ») et qu’il mentionne Heavy D, Mantronix, Guru voire les Mystik Journeymen, chouchous oubliés de l’underground.
Il y a bien une pincée d’autodérision chez Epic, par exemple quand il parle de la foule de huit personnes qui assiste à son concert… mais pas tant que ça. Son rap, au fond, c’est du sérieux. Il assure toujours. Tout juste cet homme, qui a toujours fait plus que son âge avec ses cheveux blancs et son allure d’expert-comptable timide, semble-t-il rattrapé pour de bon par le temps.
Heater On My Truck II est un album pour les anciens. Il est mou. Il est tranquille. Outre les titres saillants que sont « Lawson » et « Lethal Pressing » (produit par un DJ Moves qui n’a rien perdu de sa touche), il est fait de productions peinardes. Il est minimaliste, comme avec « Epic 109 Noah 23 », le duo très chouette avec Noah23. Il pourrait ne satisfaire que ceux qui ont connu Epic à la grande époque du rap du gouffre. Cependant, il est loin d’être mauvais. Epic vieillit plutôt bien.