MOLLY BRAZY – Molly World
Sorti le 31 mars 2017.
A chaque scène rap d’importance, sa rappeuse. Or, s’il y a une scène rap qui nous a captivés dernièrement, il s’agit bien de Detroit. Il était donc logique de se pencher sur son pendant féminin. Kash Doll est sans doute, le premier nom qui vient à l’esprit quand on pense à une rappeuse locale. Mais Molly Brazy, l’une de ses admiratrices, vient également de là. Et si elle est désormais établie à Atlanta et que son rap n’est plus vraiment la réplique de leur son, elle est la plus proche des gens qui nous préoccupent, comme le prouve la présence sur Molly World de rappeurs tels que GT et Masoe, ainsi que le renfort décisif de Helluva, l’architecte sonore des Doughboyz Cashout.
Parrainé par le magazine 4Sho, principal promoteur du rap de Detroit, ce premier projet sort début 2017, à la suite du single « More Facts » qui vient de la faire connaître. Il est celui, aussi, où la rappeuse est la plus fidèle au son de sa ville. Molly Brazy, qu’on pourrait décrire comme une rencontre entre ces disciples de Nicki Minaj folles de looks clinquants que sont les « dolls » et le rap de rue dangereux typique de sa ville, privilégie alors ce second registre. Dès une intro signée par un producteur phare du coin, RJ Lamont, on retrouve la musique soutenue et tendue propre à Detroit, accompagnée de raps rapides, de quelques refrains chantés et de propos agressifs.
La formule prisée ici, c’est un rap de rue imprégné de violence, déclamé par quelqu’un qui l’a connue de près. Le père de la rappeuse, en effet, a été tué par balles alors qu’elle n’avait que neuf ans. Fascinée par les armes, Molly Brazo (devenue Molly la Dingue, quand elle a changé son vrai nom pour la version Bloods du terme « crazy ») n’hésite pas à en exhiber. On le voit avec la pochette de Molly World, avec des titres comme « Don’t Fall Asleep », mais aussi dans plusieurs vidéos, musicales ou non. L’une d’elles, diffusée peu après cette première mixtape, la montre menacer un bébé d’un revolver, ce qui, plutôt logiquement, a entraîné l’attention de la police…
La rappeuse nous parle de flingues et de monnaie sur ce cas d’école qu’est « Run Up A Check », et elle tient la dragée haute à GT et à Masoe. Elle décrit ses saines activités de dealeuse sur « On Me » et se présente en chef de meute sur « Focused ». Elle clame que son idéal masculin est un gangster sur « One ». Elle prête allégeance aux grands noms de la trap music sur « Make Up ». Et surtout, elle crache son venin. Molly Brazy méprise garçons et filles, elle les défie, elle les vomit, sur « These Bitches », « Gimmie », « 2 Faced », « Rambo », « Hate Niggas », « Fight Me » et l’azimuté « Goofy ». Elle hausse la voix pour leur adresser des menaces de mort, sur « Bout Shit ».
Et le tout, délivré sur des titres courts (peu vont au-delà des deux minutes) est non seulement identique ou symétrique aux meilleurs projets des rappeurs importants du Detroit contemporain : souvent, il les vaut. Il est donc bien dommage, rétrospectivement, qu’après son duo remarqué avec Cuban Doll (« Let It Blow »), puis son premier album sorti quelques mois plus tard (Big Brazy), que la jeune Molly B. ait cherché à s’affranchir de cette formule locale. Elle lui va tellement bien.