MISSY ELLIOTT – Supa Dupa Fly

MISSY ELLIOTT – Supa Dupa Fly

Sorti le 15 juillet 1997,
chez The Goldmind Inc., East West Records et Elektra Records.

Il faut à la fois détester et adorer Missy « Misdemeanor » Elliott. La détester, car son succès marque la fin d’un certain âge d’or du hip-hop, parce qu’elle est l’une de celles qui effacent alors la frontière entre un rap intransigeant et ce R&B tout en chants emphatiques et surjoués. Mais il faut aussi l’adorer. Parce que, ironiquement, son rap grand public est le plus créatif de son temps.

Supa Dupa Fly n’est pas le plus étincelant de ses disques. Les suivants offriront davantage de tubes, plus remarqués, plus dansants et plus rentre-dedans que ce « The Rain » moite et lent, bâti autour d’un vieux titre d’Ann Peebles. Sur ce premier essai solo après l’aventure avortée du groupe Sista et son travail de l’ombre pour la chanteuse Aaliyah, Missy Elliott s’exprime sur des sons nonchalants, et elle rappe moins que sur ses prochains disques. Mais l’essentiel est déjà là.

Le personnage, d’abord. Dans le monde très masculin du hip-hop, où les rappeuses star se comptent sur les doigts d’une ou deux mains, celle-ci a trouvé sa place : replète, loin des canons de la beauté, et néanmoins sexy ; romantique et sensible, tout autant que dangereuse et terriblement érotique ; sachant jouer la bitch, mais jamais femme objet. Car ici, c’est bien elle qui mène la danse. Les textes sont les siens, elle n’est pas la poupée d’un manager aux dents longues.

Il y a néanmoins un homme dans l’aventure, et il compte autant qu’elle. En vieil ami, après avoir prêté lui aussi ses talents à quelques stars du R&B, Timbaland produit l’intégralité de Supa Dupa Fly. Il offre à la chanteuse et rappeuse des beats à coloration très synthétique, d’une audace dont l’underground hip-hop n’est pas capable, des rythmes ronds inspirés du dancehall jamaïcain, des sons étranges et dérangés qui lui vaudront l’admiration des amateurs de musique électronique.

Il est l’un de ces rares producteurs, précieux, qui savent transformer le bizarre en irrésistible, comme avec le beat malsain et lent du single « Sock It 2 Me » où Missy joue à merveille de son double registre, roucoulades R&B puis rap offensif, comme avec le gimmick sobre de ce « They Don’t Wanna Fuck With Me » où Timbaland lui-même s’exprime. Et quand sur de tels sons, Missy Elliott brosse le portrait tragique d’une femme vénale sur un magnifique « Why You Hurt Me », quand elle se livre à un ego-trip torride sur « I’m Talkin' », le duo atteint des sommets, en plus d’inventer une formule qui sera la base même de la variété afro-américaine des années 2000.

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