THE ROOTS – Things Fall Apart
Sorti le 23 février 1999,
chez MCA Records.
Dans les années 90, les Roots se démarquent du tout venant rap par leur statut de « vrais » musiciens. Le groupe de Philadelphie, en effet, compte dans ses rangs un bassiste, Hub, un batteur, ?uestlove (reconnaissable à sa splendide coiffure afro), et un clavier, Storch, en plus des rappeurs Black Thought, Malik B et de l’impayable beatboxer Rahzel. Cette option 100% organique leur réussit, les albums Do You Want More?!!!??! et Illadelph Halflife recevant un accueil favorable, jusque dans les cercles rock et jazz. L’album de la consécration est cependant leur suivant.
Things Fall Apart sort alors qu’un mouvement se dessine, fait de hip-hop « conscient » et de revivalisme soul, en alternative au rap bling-bling et démagogique à la Puff Daddy. The Roots s’inscrivent alors dans cette tendance, et les principales figures de ce rap adulte, Mos Def, Common, Jay Dee, D’Angelo, Erykah Badu (et comme d’habitude, la poétesse Ursula Rucker), affiliés pour beaucoup au collectif Soulquarians, se retrouvent sur leur nouveau disque.
Comme le suggère le titre, emprunté à un roman du Nigérian Chinua Achebe, ainsi que ses pochettes (des photos prises lors d’émeutes du temps de la lutte pour les Droits Civiques), Things Fall Apart est un album engagé. Les Roots sont en mission. Cependant, c’est davantage sur l’état du hip-hop que sur celui du monde, qu’ils se penchent ici. Ils invitent les auditeurs à lâcher le mauvais rap pour le leur sur cet excellent « The Next Movement » produit par Jazzy Jeff (l’ancien complice de Will Smith, lui aussi un natif de Philadelphie), à retrouver le goût de l’innovation sur « Ain’t Sayin’ Nothin’ New », à revenir au fondamentaux de la old school sur ce « Without A Doubt » qui reprend le beat du « Saturday Night » de Schoolly D, avant d’embrayer sur un jam typiquement The Roots. Ailleurs, ils proclament leur amour du hip-hop, avec Common, sur un « Act Two (Love Of My Life) » qui se présente comme la suite de son standard « I Used To Love H.E.R. ».
Les Roots, toutefois, ne se limitent pas à ce rôle de prêcheurs nostalgiques. Ils proposent de vrais titres mordants, comme le posse cut « Adrenaline! ». Suivant leurs propres injonctions, ils osent aussi quelques originalités comme l’étrange pluie d’orgue de « 100% Dundee », le court rap sur violoncelle de « Dierdre Vs. Dice » et la fin drum’n’bass du très love « You Got Me ». Cet éclectisme tire l’album vers le haut. Il annonce aussi la suite, et les albums futurs du groupe, comme Phrenology, ou Game Theory, des disques plus audacieux encore, sinon meilleurs.