WESTSIDE GUNN & CONWAY – Griselda Ghost

WESTSIDE GUNN & CONWAY – Griselda Ghost

Sorti le 11 septembre 2015.

On en aura mangé du Conway, du Westside Gunn et du Benny the Butcher, autour de 2020. On en aura vu passer, des Hitler Wears Hermes et des Tana Talk. Cependant, la véritable année de Griselda Records, c’est 2015. C’est à ce moment-là que, depuis Buffalo, ils séduisent les anciens comme les nouveaux amateurs de rap new-yorkais en popularisant une formule remise au goût du jour cinq ans plus tôt par Roc Marciano. C’est alors l’époque de Reject 2. Et c’est celle de Griselda Ghost, un simple EP des demi-frères Westside Gunn et Conway the Machine (enrichi plus tard par les remixes ou instrumentaux de trois titres), et le projet qui, pour beaucoup, aura tout lancé.

Griselda Ghost. Le nom est celui de Griselda Blanco, qu’adopte alors le collectif et futur label. Mais il est aussi celui de Big Ghost Ltd. Et ici, celui connu comme blogueur se révèle un producteur hors pair. Il a tout retenu de ses modèles new-yorkais des années 90, de leur tempo lourd, de leur art du beau sample (de Gladys Knight à Ennio Morricone) déniché dans la musique des années 70. Tous, le piano de « Brains On The Basquiat », les voix évaporées de « Fendi Seats », la guitare électrique de « Empire », les cordes de « If I Ruled The World ’15 », font naître des moments intenses.

Quant aux demi-frères Westside Gunn et Conway, ils tirent profit de leurs voix contrastées dans ces chroniques de la vie sauvage, de la violence et de la criminalité, qu’ils agrémentent de références routinières à Scarface (« Rahbannga »), à The Wire (« Dutch Master ») et à tout un univers peuplé de trafiquants (Freeway Ricky Ross, Richard Porter), de joueurs de basket ou de football américain, et de marques de fringues. C’est toute l’imagerie de la jungle urbaine de la Côte Est, quoique influencée par la trap music avec ses onomatopées et ses histoires de cuisine.

Ici, c’est encore du boom bap plutôt que du style drumless. Le passé est un fantôme, il demeure très présent, de la citation de Freeway Ricky Ross qui, au début, nous donne une leçon de Reaganomics, à l’allusion à Basquiat deux plages plus tard, sans oublier cette déclinaison 2015 du « If I Ruled The World » de Nas et de Lauryn Hill, qui cite Havoc et Prodigy. Cette sortie, c’est le manifeste de Griselda Records. Elle est aussi l’une de ses plus ouvertement revivalistes.

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