VINCE STAPLES – Cry Baby
Sorti le 5 juin 2026,
chez Section Eight Arthouse et Loma Vista Recordings.
Vince Staples nous avait marqués, il y a dix ans, quand il s’était inspiré de Unknown Pleasure pour la pochette de Summertime ’06. Or, il semble aujourd’hui que cette allusion à Joy Division était sérieuse, qu’elle était plus qu’une toquade. Son dernier album (son premier pour Section Eight Arthouse, son label), va au-delà de l’imagerie. Avec son instrumentation live faite de guitares abrasives et de basses bondissantes, avec aussi des raps qui claquent comme des slogans, il est franchement punk. Et il est, comme d’autres dans sa discographie déjà phénoménale, très réussi.
Si la musique est souvent rageuse sur Cry Baby, c’est que l’humeur l’est aussi. Ici, Vince Staples met un terme à l’introspection de ses derniers albums pour sortir un brûlot politique. Car après tout, comme il rappelle sur « The Running Man » ses traumas intérieurs sont liés in fine à sa condition d’Afro-Américain. A l’heure du second mandat de Donald Trump (ce bébé blondinet braillard en pochette n’est-il pas le président ?), le rappeur met les pieds dans le plat. L’empire américain né dans le sang, la condition noire, l’injustice raciale, les violences policières… Tout est là dès le premier titre, « Blackberry Marmelade », avec ce sarcasme qui, lui aussi, est une vieille vertu punk. Et avec la vidéo choc qui va bien : la mise en scène d’un meurtre de masse d’hommes noirs…
Hormis sur « White Flag » où, de guerre lasse, Vince Staples semble cesser de se battre contre le suprémacisme blanc, il choisit le rock car il est un excellent vecteur de colère. Par lui il s’attaque, avec autant d’ironie que de pessimisme, au harcèlement policier (« Go! Go! Gorilla »), à la tromperie du rêve américain (« Only In America »), à l’exploitation des Noirs que poursuit aujourd’hui l’industrie de la musique (« Cotton »), au contrôle par une télévision qui, on dirait bien, diffuse toujours la chaîne 0 (« TV Guide ») et à l’absurdité de la guerre (« 7 In The Morning »).
Son discours est ancien, il est celui des activistes noirs contre l’Amérikkke. Le rappeur fait du punk, mais il le recolore d’une perspective afro-américaine. D’ailleurs, il n’oublie pas ses classiques. Le Slick Rick de « Children’s Story » est samplé sur « The Big Bad Wolf », il est fait allusion au 2Pac de « Thugz Mansion » sur « Go! Go! Gorilla ». Et la vidéo de « Blackberry Marmelade » se termine par une citation de Martin Luther King. Avec Cry Baby, Vince Staples se ménage une place dans une longue tradition, celle des artistes noirs qui se réapproprient avec brio le rock, leur musique.