STARLITO – Cold Turkey

STARLITO – Cold Turkey

Sorti le 2 juillet 2013,
chez Grind Hard Entertainment.

On ne comprend pas Starlito si l’on ne connait pas son parcours. Jermaine Shute n’est, en effet, pas né d’hier. Vanté au milieu des années 2000 par Young Buck, seule star du rap originaire de sa ville de Nashville, celui qui se fait appeler alors All Star, the Cashville Prince, et donne dans une trap music de saison, décroche un contrat chez Cash Money. Malheureusement, le label de Birdman et de Lil Wayne ne donne jamais suite. Aucun album ne sort, et le rappeur, amer, et un temps dégoûté par le rap game, doit emprunter un chemin plus ardu, celui de l’indépendance, à travers sa propre structure Grind Hard, celle-là même où il sort en 2013 ce très bon Cold Turkey.

Ce détour par l’underground permet au Cashville Prince de se réinventer. Il choisit alors son pseudonyme actuel, inspiré du film Carlito’s Way, et il devient l’un de ces rappeurs sudistes qui troquent leurs fanfaronnades proverbiales pour un ton plus intime et plus confessionnel.

Les titres de ses mixtapes récentes, Post-Traumatic Stress et Mental Warfare, sont explicites : Starlito use désormais de ses raps pour exposer ses pensées et ses désordres mentaux. Et il continue sur Cold Turkey. Parlant de ses amours difficiles (« No Rearview »), admettant que la rue n’est pas faite pour tout le monde (« Ain’t for Everybody »), il s’y montre vulnérable, à l’instar d’un Future, ou bien d’un Kevin Gates, par ailleurs convié sur l’album, qui y bénéficie d’un titre rien qu’à lui (« Luca Brasi Speaks ») et qui imprime fortement sa marque sur un autre (« Long Haul »).

Toutefois, Starlito n’use pas de mélodies quand il s’exprime à cœur ouvert. C’est même tout le contraire : lui ne fait que rapper, d’une voix douloureuse, d’un flow mouvant et incertain, sur le ton de la conversation, limitant le recours aux refrains, allant jusqu’à terminer le disque par un long échange téléphonique. Il ne laisse d’autres styles s’exprimer qu’avec ses invités, Kevin Gates, on l’a dit, mais aussi Young Dolph, Alley Boy, Freddie Gibbs, Devin the Dude, Killa Kyleon, Don Trip (avec lequel, en 2011, il a sorti la très solide mixtape Step Brothers), et quelques autres moins connus.

Les beats eux-mêmes ne sont pas des plus saillants, des passages contemplatifs et lents (« One Long Day », « No Rear View », « Luca Brasi Speaks », « Dumb High », « Ain’t For Everybody », « Rollin' ») dominant souvent les autres, plus synthétiques et enlevés (« Coolin' », « Sumn Serious », « Family Tithes », « About A Bitch »), à tel point que certains ont jugé la production plus faible sur cet album que sur les mixtapes. Mais c’est en fait tout le contraire : ces sons s’associent au mieux au profil bas de ce rappeur qui, dès l’introduction, s’estime « too real for the rap shit », trop sincère, honnête et sensible pour triompher dans ce grand cirque qu’est le monde du rap.

PS : à lire, pour creuser le sujet, le dossier récemment publié par Pure Baking Soda, à propos de la scène de Nashville en général, et de Starlito en particulier.

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