AKHENATON – Métèque et mat
Sorti le 20 octobre 1995,
chez Delabel.
Dans les années 90, en matière de hip-hop hexagonal, c’est IAM qui décroche la timbale. Incarnant un temps, avec MC Solaar et NTM, la sainte trinité du rap d’ici, ils sont plus durablement crédibles que le premier, et sont plus visibles et appréciés à l’international que les seconds. Connectés tôt à la scène new-yorkaise, les Marseillais savent concilier la fantaisie des Natives Tongues, la posture engagée du rap « conscient », les délires pseudo-mystiques du Wu-Tang, la gouaille de leur ville d’origine, et assembler cela en un tout qui fait mouche auprès du grand public. Au point, avec l’album L’école du micro d’argent, d’écouler en 1997 le chiffre astronomique d’un million d’unités.
Ce dernier est d’une qualité rarement atteinte en rap français. Cependant deux années plus tôt, Akhenaton, alias Chill, alias Philippe Fragione, figure de proue du groupe, sorti déjà sa grande œuvre. Jouant la carte de l’intimité, le Marseillais dresse sur Métèque & mat son autoportrait (« Je suis peut-être… »). Il y retrace son parcours (« Je combats avec mes démons »). Il y partage sa vision de l’homme (un très beau « Prométhée »). Il y évoque ses racines italiennes (« La cosca »), sa nostalgie de l’enfance (« Au fin fond d’une contrée… »), son amour du hip-hop (« Face B »), sa fascination pour l’Amérique (« L’Americano ») et sa philosophie personnelle (« Dirigé vers l’est »), sur des beats variés, tous produits par ses soins, et qui savent user du sample adéquat : chants traditionnels italiens, bruits de jeu vidéo, ritournelle orientale ou boucle de jazz.
Parfois, quand il parle des malheurs du monde (« Je ne suis pas à plaindre »), de l’immigration (« Métèque et mat »), de la délinquance et du racisme (« Un brin de haine »), on craint l’excès de sérieux, le trop-plein de gravité, un travers dans lequel l’auteur est parfois tombé sur les plateaux télé. Mais l’humour d’IAM n’est pas absent de Métèque et mat, grâce à cet « Assédic 3 heures du matin » où le rappeur relate ses déboires avec la bureaucratie française. Et puis Akhenaton n’oublie pas de signer un tube, avec cette deuxième version de « Bad boys de Marseille » où il est accompagné de Shurik’N et de la Fonky Family. Ces titres plus légers contribuent à équilibrer ce qui demeurera longtemps, des années après, le meilleur album solo livré par un rappeur français.