WU-TANG CLAN – Wu-Tang Forever
Sorti le 3 juin 1997,
chez Wu-Tang Records, Loud Records et RCA Records.
Les temps ont changé depuis Enter The Wu-Tang. Le premier album du Clan, bancal comme une démo, n’offrait comme repère qu’une maigre pochette, avec quelques crédits et une photo presque en noir et blanc de six membres du posse, non identifiés. Le nouvel album, lui, est double, comprend une partie CD-ROM (sur lequel vous pouvez visiter les chambres de nos neuf héros, remplies de katanas et de bouteilles, et en fin de course voir le RZA vous montrer des échantillons de vidéos), et s’accompagne d’un épais livret où chaque rappeur a droit à plusieurs photos et à des crédits personnels. Ajoutez à cela des pages de pub pour les Wu-Wears et pour leurs sites Web.
Pourtant, malgré cet arsenal, Wu-Tang Forever est nettement en-dessous de son prédécesseur. Enregistré à la va-vite s (incapables de travailler à New-York, où des dizaines de potes leur tombaient dessus en permanence, les neuf ont dû s’installer sur la côte Ouest), l’album est mal fagoté. Si bien qu’au lieu de commenter chacun des vingt-neuf titres dont beaucoup sont décevants (« Cash Still Rules », par exemple, suite peu passionnante au classique « C.R.E.A.M. »), il vaut mieux commenter directement les perles que le Clan ne manque pas de proposer.
L’album, plus exactement le premier CD, commence bien. Le morceau introductif, « Wu-Revolution », interprété par deux vieux rappeurs inconnus (Uncle Pete et Poppa Wu), souffre des beuglements d’un MC éploré en arrière-plan dans le style engagé de la soul du début des années 70 (Save the children ! Revolution !). Mais grâce à une musique discrète et cinématographique comme seul le RZA sait les construire, il s’instille aisément jusqu’à notre cerveau. Suivent deux cartons : « Reunited », et ses solos de violons dérangés, et « For Heaven’s Sake » avec son sample qui s’emballe ingénieusement. Le reste du premier CD est inégal, mais a le mérite de s’achever par trois morceaux somptueux : un « Maria' » aux relents misogynes (nouveau violon énervé), « A Better Tomorrow » et sa poignante leçon de vie (« You can’t party your life away, drink your life away, smoke your life away, fuck your life away… cause your seeds grow up the same way »), peut-être même le meilleur titre du Clan depuis… « C.R.E.A.M. », et enfin « It’s Yours ».
Le deuxième CD est plus long (soixante dix-huit minutes), et après plusieurs écoutes, il s’avère supérieur. Les morceaux moins bons y sont mieux répartis. Après une intro vindicative qui règle ses comptes au genre épouvantable qui a usurpé le nom du R&B (« Rap And Bullshit »), le Wu renoue avec l’excellence grâce à ses incantations prophétiques sur les thèmes Black Music traditionnels : pauvreté, drogue, errances, dérives et appel à la responsabilité. A noter, « Little Ghetto Boy », qui sample le classique de Donny Hattaway, ainsi que les violons de « Bells Of War », plus calmes et synthétiques que les précédents, ou encore ce « Dog Shit » qui aurait pu être un grand titre du skeud d’ODB. L’album s’achève par des morceaux à la fois calmes et efficaces, dont un, quasi new jack, chanté par Tekhita, et deux remixes qui reproduisent l’ambiance du premier opus.
En somme, même s’il est inférieur à Enter The Wu-Tang, Return To The 36 Chambers, Liquid Swords et Only Built 4 Cuban Linx, Wu-Tang Forever vaut son prix. Il faudra toutefois en retenir le goût, puisqu’il est parait-il le dernier Wu-Tang Clan au complet avant le prochain millénaire.