THAVIUS BECK – Thru
Sorti le 3 octobre 2006,
chez Mush Records.
Contrairement à ce que laisse croire sa posture d’expérimentateur hip-hop, il y a souvent de la facilité chez Thavius Beck. Le producteur historique de Global Phlowtations, l’un de ses rares membres à percer dans les années 2000, avec ses sorties chez Mush, Plug Research et Big Dada, gâte parfois sa musique par trop de pyrotechnie et de gros sons électroniques conçus pour faire peur, dans un grand numéro de hip-hop gothique. Mais il y a aussi beaucoup de talent chez lui.
Plus que sur Decomposition, son premier album chez Mush, davantage aussi qu’avec le Zwarte Achtergrond de Lab Waste, son duo avec Subtitle, sorte de version hip-hop de la musique de Trent Reznor (avec lequel Thavius Beck a d’ailleurs collaboré), c’est sur un très bon International Beats en CD-R et sous le nom d’Adlib, son pseudo historique, que le producteur californien montre sur la longueur le meilleur de ce dont il était capable. Puis sur son deuxième album solo officiel, Thru.
La froideur excessive de Decomposition est toujours présente, sur cet album. Elle domine, dès l’introductif « Sonic Sound » avec son électronique criarde et ses paroles graves en arrière-plan. Et cela continue sur d’autres morceaux faits à peu de frais pour impressionner, comme « Reaching », le grandiloquent « The Storm Before The Calm » ou cet infâme « Perpetual Pursuit » digne de figurer sur la bande originale de Scoubidou. La plupart des autres titres, toutefois, s’avèrent plus délicats et moins lourdauds, comme « Under Pressure », et puis surtout « Down », le plus sophistiqué de tous, un quasi-instrumental que ne se dévoile que par touches, accompagné du son dérangeant d’un bris de glace, et de la douce voix fantomatique de Mia Doi Todd.
Quand il ne se limite pas à des instrumentaux, ou qu’il ne saisit pas lui-même le micro, Thavius Beck est secondé par des rappeurs sur des titres qui, dans l’ensemble, sont réussis. Ceux-ci rappellent qu’il est avant tout un producteur de rap, dont les compositions ne prennent de l’ampleur qu’une fois habillées de paroles. « Dedicated To Difficulty », par exemple, est non seulement un bon son d’Adlib, il est aussi le meilleur de 2Mex depuis longtemps, malgré un refrain qui s’éternise. Même jugement favorable pour le piano du « 98 » de Nocando, où le rappeur se livre sur le décès de son père, et pour le « Lyrical Gunplay » du poète slam Saul Williams. Tous ces morceaux concourent à faire de Thru le meilleur des disques facilement trouvables d’Adlib.