AESOP ROCK – Appleseed

AESOP ROCK – Appleseed

Sorti le 19 octobre 1999.

L’année 1999, celle de l’explosion pour le rap indé, est riche en pépites. Plus on creuse, plus on en découvre, égrainées par de minuscules labels, voire auto-produites. Parmi elles, figure Appleseed, une petite sensation Web de huit titres vendue en format CD-R sur son propre site par un certain Ian Bavitz, alias Aesop Rock. Rappeur et producteur basé à Boston mais originaire de Long Island, qui a commencé à faire parler de lui un peu plus tôt avec son album Music For Earthworms.

Les marques de fabrique d’Aesop (il a ajouté le « Rock » pour ne pas être confondu avec Asop, des Living Legends), c’est cette voix grave qui fait plus que son âge, ce phrasé monocorde, et surtout cette manière si caractéristique de sur-articuler des textes sophistiqués, abstraits et intellos. Soutenu aux beats par deux complices, Block (futur Blockhead) et Omega, mais en produisant la plupart (et signant par ailleurs la pochette, avec Neal Usatin), notre nouvel Ésope montre qu’il sait tout faire : beatboxing sur la « Appleseed Intro », jazz rap sombre sur « Dryspell » (une réplique du « Peace » d’Ornette Coleman) et hip-hop ténébreux sur « Same Space (Tugboat Complex) ».

Mais c’est à partir de l’orgue et des cordes discrets de « Sick Friend » que l’album atteint sa pleine vitesse. Ceux pour qui le rap, austère, sobre et sur l’os des premiers morceaux manque d’entrain, peuvent se réjouir de « 1000 Deaths », une déclinaison inhabituelle et astucieuse de la vieille formule violon / piano. Ils peuvent apprécier aussi le complexe, tourmenté et orientalisant « Blue In The Face » ainsi que l’ultime morceau de Appleseed : un « Odessa » où Aesop Rock sort sa flûte et débauche le fantaisiste Dose One, un des étalons de l’écurie Anticon, pour un finale en apothéose.

Avec ce court album en crescendo, Aesop Rock est encore un secret bien gardé du rap, mais la médiatisation ne tardera plus. Les portes des labels rap indé les plus prestigieux s’ouvriront à lui, celles de Mush Records, Def Jux, et puis Rhymesayers. Il collaborera avec toute l’intelligentsia de la scène rap indé, et en deviendra lui-même l’un de ses rappeurs les plus emblématiques. Très bientôt, la petite graine plantée par Appleseed dans l’underground donnera bien d’autres fruits.

Avez-vous aimé cet article ? 

Cliquez sur une étoile pour l’évaluer.

Note moyenne 0 / 5.  Nombre de votes :  0

 Pas encore de votes. Donnez la première note.

 Comme vous avez aimé cet article…

 Suivez‑nous sur les réseaux sociaux ! 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *