THE NOTWIST – Shrink
Sorti le 15 mai 1998,
chez Community Records.
Une décennie après, passé un début des années 2000 où l’alliance d’une musique électronique savante à la Warp et d’un songwriting d’obédience indie pop battait son plein, ce disque de Notwist paraît ancré dans son époque. Les chansons des Allemands semblent fades, aujourd’hui. Leurs compositions un peu pâlottes. Ces mélodies indolentes parsemées de glitches ont vieilli. L’impact est moindre, cela est trop entendu. Mais justement, c’est à présent que s’estompe la nouveauté qu’il faut réécouter Shrink, hors contexte, hors du temps, pour l’apprécier à sa juste mesure.
Et évalué à sa juste mesure, Shrink reste un bon disque. Moins mélodique, chanté et accessible que Neon Golden, l’album le plus célébré et le plus populaire du groupe. Tout en bruine et en frimas, plus froid que le disque à la pochette rouge, celui à la pochette bleue en partage pourtant les ingrédients. Il en est la répétition générale, après que les premiers pas vers la musique électronique eurent été franchis sur l’album précédent, 12, avec l’arrivée de Martin Gretschmann. Tout juste la structure se montre-t-elle plus lâche et indécise, les chansons moins évidentes, l’ambiance plus évanescente dans cet ensemble où le format pop, si présent sur Neon Golden, est contrecarré par des envies de liberté venues du jazz, de l’électronique savante et du post-rock.
Les mélodies sont là (« Chemicals », « Electric Bear » et surtout le splendide « No Encores »), soutenues par des guitares. Mais des intros répétitives et métronomiques dans la tradition kraut rock (« Day 7 », « Another Planet ») , des plages mélancoliques soutenues par une guitare en boucle (« Shrink »), des bruits de synthèse incongrus, des zigouigouis étranges, s’emploient en permanence à les troubler. Et parfois les chansons s’effacent derrière de longues plages, en bonne partie (« Your Signs ») ou totalement instrumentales (« N.L. »). Cela tire franchement vers le jazz (« Moron ») ou vers le tout électronique (ce « 0-4 » échappé d’un disque solo de Console).
Tout cela est un brin surrané. Et de fait, Shrink n’est pas dans la catégorie des chefs d’œuvre. Mais il se tient à l’endroit même où tous ou presque prennent naissance : à la jonction des deux envies contradictoires, celle d’explorer et celle de séduire, qui de tout temps ont fait avancer la musique.