DIVERS – Beatmakers Of L.A. Underground Hip Hop

DIVERS – Beatmakers Of L.A. Underground Hip Hop

Publié le 1er janvier 2026,
chez Parker Pubs.

JMD, Fat Jack, Riddlore et NgaFsh, Sach, Omid, Mumbles, Deeskee, Nobody, Thavius Beck, Daedelus. Il est rare de voir ces noms cités dans les classements des meilleurs beatmakers qui pullulent sur les réseaux sociaux, tous plus attendus et stéréotypés les uns que les autres. Mais ici même, sur ces pages, il y a un peu plus de vingt ans, ces gens étaient des stars. Plus ou moins liés à la scène Project Blowed, avec quelques autres encore (Kut Masta Kurt, Daddy Kev, Kenny Segal…), ils ont offert leurs habits sonores au trépidant et mésestimé West Coast Underground.

Aujourd’hui, le temps est venu de documenter leur histoire. Plusieurs livres, ces dernières années, sont parus à propos de cette scène, consacrés à 2Mex, Myka 9, Riddlore ou Ellay Khule. Et cette année, dans la même collection, a été publié un autre, Beatmakers Of L.A. Underground Hip Hop qui délaisse un temps les rappeurs pour explorer l’autre pendant de cette scène : ses producteurs (non, beatmakers, on tient à souligner la différence), à travers dix biographies. Introduit à chaque reprise par 2Mex (qui a collaboré avec à peu près tous les protagonistes et leur rend un vibrant hommage), chaque chapitre retrace le parcours de l’un de ces faiseurs de son, à travers une interview de l’intéressé, souvent complétée par les témoignages de compagnons de route.

Et c’est passionnant. A travers leurs histoires, on revit cette fabuleuse épopée, qui, à Los Angeles, s’est étalée de la fin des années 80 autour du Good Life Café, à la décennie 2010 avec les soirées Low End Theory du club The Airliner, et au-delà encore, jusqu’à nos jours, jusqu’à notre époque où deux d’entre eux (Thavius Beck, Daedelus) sont devenus des professeurs de musique au Berklee College of Music de Boston. Ces deux grands moments ont eu leurs heures de gloire, ils ont attiré du beau monde (Thom Yorke, Erykah Badu, De La Soul et d’autres ont fréquenté les soirées Low End Theory). Néanmoins, c’est bel et bien une histoire de l’ombre que le livre s’emploie à relater.

Les faits sont connus. Cependant, ce livre creuse sous la surface, il nous révèle les origines et les vies de ces gens qu’on ne connait que pour leurs oeuvres. De nombreuses anecdotes sont relatées. Thavius Beck, par exemple, nous explique pourquoi il a abandonné son nom d’artiste, Adlib, au profit de son véritable patronyme : quand, après avoir signé des autographes pour des fans, ceux-ci se sont montrés déçus en lisant sa signature, car ils pensaient avoir affaire à Madlib…

Le livre rappelle la pluralité de cette scène multiraciale, faite entre autres de producteurs noirs jamais très loin des gangs, et néanmoins nerdy, amateurs d’indie rock, d’IDM ou de drum’n’bass, d’un immigré venu d’Iran du jour au lendemain (Omid) ou d’un garçon issu du skate, du punk et du quart monde blanc (Deeskee). A lire la diversité de ces parcours et de ces formations musicales, se comprend mieux l’éclectisme fou par lequel s’est fait connaitre ce petit monde passionnant.

Ces témoignages apportent aussi un aperçu des ressorts de l’underground, cet espace si près de l’étage du dessus, celui des rappeurs reconnus, mais dont l’ascenseur est souvent en panne. Dans chacune de ces histoires ou presque, le protagoniste rappelle qu’il a frayé avec des stars, qu’elles étaient à portée de main. Il y a eu cette période faste des années 90, quand Freestyle Fellowship, The Nonce (et pas loin d’eux The Pharcyde) ont sorti des albums remarqués. Celle où Abstract Rude était sur le label des Beastie Boys. Mais ensuite, ça n’a plus été que des occasions ratées.

JMD a contribué aux innovations de Pharcyde sur leur premier album, et son rap jazzy aurait influencé The Roots. Mais cela est méconnu. Master P a voulu travailler avec Mumbles au début de No Limit, mais le producteur, tourné « rap conscient », s’est offusqué des outrances gangsta du futur nabab du rap sudiste. Thavius Beck a produit pour Nine Inch Nails, mais Trent Reznor aurait oublié de le créditer. A l’inverse, Daedelus se réjouit de son quart d’heure de gloire, quand son beat s’est retrouvé par hasard sur l’un des albums les plus célébrés de l’histoire du rap, Madvillainy, et qu’il a côtoyé quelques temps ses idoles, même si au bout du compte, il est retourné à l’anonymat.

Plusieurs raisons expliquent la condamnation de ces gens à l’underground. Il y a la malchance, la raideur dogmatique, mais aussi, et surtout, un certain amateurisme dans la gestion de leurs affaires et de leurs intérêts. Fat Jack, par exemple, était tout content d’être payé 200 dollars pour son beat pour 2Pac sur Thug Life, mais d’après son manager il aurait pu en réclamer 7000…

On retrouve ici le drame de l’underground, ce purisme esthétique et cette aigreur qui se nourrissent l’un de l’autre. Et pour les beatmakers plus que tout autre, en arrière-plan des rappeurs, cette dernière menace. Mais on se rappelle aussi, au fil des pages, toutes les merveilles dont cette scène a accouché. On se souvient que Beneath The Surface, Soulmates, The Weather, Ravish et Thru sont tous de grands disques. Et pour certains, de véritables classiques du rap.

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