THE MAKE-UP – Save Yourself
Sorti le 18 octobre 1999,
chez K Records.
Les gens de The Make-Up n’ont pas toujours sorti des disques à la hauteur de leur talent. Comment, en studio, capturer la classe, la sensualité et l’énergie d’un Ian Svenonius ? Comment apprivoiser sur un simple objet ce mélange de rock fifties et de Black Music d’autrefois, cette mixture où l’on retrouve des bouts de soul, de gospel, de rhythm ’n’ blues et de psychédélisme, mais passés au filtre du punk hardcore américain ? Comment rendre pertinente autrement que sur scène cette musique où l’on respire à plein poumon les odeurs du foutre et de la sueur ?
Save Yourself, le dernier album du groupe, n’atteint pas à cet objectif, mais il s’en approche. S’il est inégal ou, pour être moins sévère, si tous les titres ne font pas mouche, une diversité de sons (la cloche de « The Bells », la trompette de « C’Mon, Let’s Spawn », etc…) et une production d’une grande netteté révèlent des morceaux parmi les plus puissants jamais enregistrés par le Make-Up.
Le premier, « Save Yourself » est de ceux-là, avec sa montée en puissance, avec sa basse oppressante qui passe le relai à une guitare mordante, de même que le très sixties « I Am Pentagon », avec ses tintements et son orgue chaleureux, que le joliment pop « Call Me Mommy », et que cette fin d’anthologie, une adaptation très libre et somptueuse de « Hey, Joe », en crescendo, à deux voix, et qui s’achève par un retour en rut du dit Joe, de sa guitare, de sa grosse caisse, de ses cymbales, en une apothéose où Svenonius est plus que jamais habité et stylé.
Sur Save Yourself, le Make-Up tire profit de la production de Brendan Canty, le batteur de Fugazi. Toutefois, il ne s’assagit pas. Sans avoir jamais vu Svenonius se livrer en concert, il est impossible de ne pas visualiser la scène, de ne pas voir ce chanteur en perdition, mais voluptueux, d’un sex appeal à rendre jaloux Mick Jagger au faîte de sa splendeur, se livrer à une catharsis, s’abandonner et se contorsionner en déclamant ses prêches détournés par le Malin, ses harangues où les objets d’adoration, en lieu et place de Dieu, sont devenus la femme, la chair et le sexe. Somptueux.