THE MAKE-UP – In Mass Mind

THE MAKE-UP – In Mass Mind

Sorti le 7 avril 1998,
chez Dischord Records.

Le rock, c’est bien connu, est une musique que les Blancs ont outregeusement piquée aux Noirs. Ces pilleurs se sont appropriés le rhythm’n’blues des Afro-Américains et l’ont accoutumé aux oreilles de leurs pairs, en changeant la formule en cours de route, histoire d’en faire un produit de masse. Mais avec Make-Up, comme avec d’autres rockeurs à la même époque, Jon Spencer par exemple, c’est le chemin inverse, celui du retour aux sources, que l’on finit par emprunter.

Le groupe, qui n’a vécu que cinq années intenses, provient de la musique la plus blanche qui soit, le punk hardcore. Ses membres proviennent de deux centres névralgiques de l’indie rock US : si la bassiste Michelle Mae est d’Olympia, Steve Gamboa, James Canty et Ian Svenonius, issus de Nation of Ulysses, viennent de D.C., à l’autre extrémité du pays. Logique, donc, que les disques de Make-Up soient sortis alternativement sur les labels phares de ces deux villes, K et Dischord.

Rien à voir avec la Great Black Music, donc. Et pourtant, que de traces noires sur leurs disques, notamment In Mass Mind, leur deuxième album studio, produit par Neil Hagerty et Jennifer Herrema de Royal Trux sous le nom d’Adam & Eve, comme pour marquer, avec les accents rétro du disque (cet orgue vintage sur « Joy Of Sound », « Watch It With That Thing » et « Caught Up In The Rapture », les yeah yeah de « Drop The Needle »), une remontée aux sources du rock’n’roll.

La voix d’Ian Svenonius est celle d’un Blanc, mais notre ami s’époumone, il chante avec une voix de fausset éraillée à la Prince et crie ses onomatopées comme un nouveau James Brown. La frénésie du punk n’est jamais loin, mais chaque titre groove comme le funk le plus torride, la basse de Michelle Mae virevolte et mène la danse (« Come Up To The Microphone », « Saturday Night »), la batterie de Steve Gamboa se lance dans de savants breaks. On découvre même un brin de dub sur les deux « Earth Worm ». Ici, la musique est vécue comme une expérience cathartique, quasi spirituelle, à tel point que le groupe prétend faire du gospel (« Do You Like Gospel Music? »).

Quand prend fin une auto-flagellation (« Watch It With That Thing »), la musique de Make-Up sonne comme un appel à la libération. Ca sent à plein nez le sexe, la douleur et la sueur, sur chaque note, avec chacune de ces paroles, où l’autre, la compagne, l’amour, l’objet de toutes les concupiscences, est interpellée le ventre à terre et les mains suppliantes, comme s’il était le bon Dieu. Et si le MC5 est invoqué (les deux « Black Wire » s’en inspirent explicitement), c’est pour cette alliance entre son bruit blanc et l’esprit d’insoumission de la lutte pour les droits civiques.

Riche de « Live In The Rhythm Hive », de « Watch It With That Thing » et de « Do You Like Gospel Music? » d’anthologie, In Mass Mind n’est pourtant pas le meilleur album de Make-Up. Le suivant, Save Yourself, aura des moments encore plus forts, leur compilation I Want Some contient plus de bons morceaux. Aussi, il y a parfois de quoi se lasser, à entendre Svenonius brailler autant, si proche de la rupture et de s’époumonner. Le chanteur donne tout, trop vite, il peine à ménager ses effets. Cependant, ce disque est un bon compromis entre enregistrement en studio et témoignage de l’expérience inoubliable qu’a dû être, sur les cinq ans de leur existence, un concert de Make-Up.

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