SCOTT LYNCH – The Republic Of Thieves (La République des voleurs)

SCOTT LYNCH – The Republic Of Thieves (La République des voleurs)

Publié le 8 octobre 2013,
chez Del Rey Books (Random House).

Dix ans que l’on attend The Thorn Of Emberlain, le quatrième tome de la série Gentleman Bastard. Et ça n’est jamais bon quand un auteur prend trop de temps pour écrire une suite. Parlez-en donc à George R. R. Martin. Cela veut dire, souvent, que quelque chose manque. L’inspiration, ou la motivation, qu’importe. Quelque chose qui affectera la qualité du prochain livre, si d’aventure il finit par voir le jour. Quelque chose qui, de fait, a déjà impacté le troisième volume, sorti six longues années après le second, alors que douze mois seulement avaient séparé les deux premiers tomes.

Et en effet, on s’ennuie déjà avec The Republic Of Thieves.

Cela s’annonçait bien, pourtant, puisqu’après l’aparté maritime de Red Seas Under Red Skies, ce roman renoue pour de bon avec l’intrigue mise en place dans The Lies Of Locke Lamora, le premier volume de la saga, à ce jour le meilleur. Les bondsmagi, ces magiciens dont Locke, le héros, est devenu l’ennemi, sont à nouveau au cœur de l’histoire, alors qu’ils n’étaient apparus qu’à la fin, en arrière-plan, dans le tome précédent. Dans la grande tradition de la fantasy épique, l’avenir du monde semble en jeu. On en apprend un peu plus sur les périls qui le menacent, et sur le rôle central de Locke dans tout cela. Des révélations sont faites sur ses origines. Et puis surtout, ce dernier retrouve Sabetha, le personnage féminin de sa bande d’escrocs, et l’amour de sa vie.

Les manigances des personnages prennent place dans un nouveau cadre, à savoir Karthain, la cité des bondsmagi, et elles changent du tout au tout. Après avoir entrepris l’escroquerie du siècle dans le premier volet, puis écumé les mers dans le second, Locke et son fidèle compagnon Jean ont pour objectif de manipuler un vote. Ils doivent convaincre les électeurs de rejoindre leur camp, discréditer leurs opposants, corrompre quelques personnages influents et se livrer à d’autres manipulations encore. Mais pour corser les choses, Sabetha est chargée des mêmes manœuvres dans le camp d’en face. Locke se voit donc contraint d’affronter celle qu’il souhaite reconquérir et qui, par ailleurs, connaissant toutes ses ficelles d’arnaqueur, est un adversaire à sa mesure.

Cette histoire se double d’une autre, un flashback qui, occupant presque autant de pages que l’intrigue principale, nous ramène avant le premier livre, quand Locke, Sabetha, Jean et les jumeaux Calo et Galdo étaient de jeunes criminels formés par Father Chains. Dans ce récit, après un long préambule qui raconte l’enfance de Locke, les malfrats ont pour mission de monter une pièce de théâtre pour le bénéfice d’une compagnie d’acteurs aussi haute en couleur qu’incontrôlable.

Les deux histoires sont originales. On pourrait s’attendre à ce que Scott Lynch y déploie l’étendue de ses talents. Mais, nous sommes loin du compte. Les deux récits sont dominés, en vérité, par l’histoire compliquée entre Locke et Sabetha. C’est donc une longue suite de malentendus, d’incompréhensions et, parfois tout de même, d’amour authentique, une grande partie épuisante de « je t’aime moi non plus », qui domine ce long livre qu’est The Republic Of Thieves.

Dans ce troisième tome du Gentleman Bastard, s’accentuent les limites de l’auteur : sa propension au délayage, aux longueurs, au remplissage, comme ces passages, inutiles à l’intrigue, où les personnages se délectent des différents arômes des vins qu’ils se plaisent à boire. Les dialogues sont nombreux et ils s’éternisent. Les rebondissements romanesques ne sont que des détours, comme quand Sabetha parvient à éloigner Locke et Jean sur un bateau, et qu’ils reviennent dare-dare à Karthain, en deux temps trois mouvements. Les manœuvres politiques auxquelles se livrent les trois personnages n’aboutit à rien de sensationnel ou d’inattendu. La fin, loin d’être l’apothéose espérée avec ce type de longs romans de fantasy, n’a rien de prenant ni de sensationnel.

Bref, on s’ennuie ferme tout au long de ces pages. The Republic Of Thieves, au fond, est un pensum. Et il est déjà clair, à sa lecture, que Scott Lynch n’a déjà plus grand-chose sous la pédale.

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