BONE THUGS-N-HARMONY – E. 1999 Eternal

BONE THUGS-N-HARMONY – E. 1999 Eternal

Sorti le 25 juillet 1995,
chez Ruthless Records et Relativity Records.

C’est du Midwest que sont issus les rappeurs de Bone Thugs-N-Harmony, mais c’est vers l’Ouest que leur regard est tourné. Du g-funk californien, Krayzie Bone, Wish Bone, Flesh-N-Bone, Layzie Bone et Bizzy Bone ont retenu l’essentiel, à savoir cette façon de marier des paroles férocement gangsta à une musique douce et séductrice. Le groupe de Cleveland va même au-delà de tout ce qu’a tenté le rap West Coast avec ses flows, parmi les plus singuliers jamais proposés, très rapides et extraordinairement mélodiques, flirtant avec le chant, et jouant à la perfection d’harmonies vocales, tentées à l’occasion a cappella.

Le groupe a dû faire des pieds et des mains pour être signé sur le label de son idole, Eazy-E, mais il a eu raison d’insister. E 1999 Eternal devient l’un des plus grands cartons de Ruthless Records, manquant de peu un Grammy Award. L’ex-N.W.A., toutefois, ne connaîtra rien du succès de ses nouveaux protégés. Il quittera ce monde juste avant sa sortie. Le grand tube de l’album, « Crossroads », lui sera d’ailleurs dédié, ainsi qu’à d’autres proches décédés prématurément.

Formellement, E 1999 Eternal se présente comme une longue déclinaison de la formule étrennée sur un EP sorti l’année passée, l’excellent Creepin On Ah Come Up. Aucun des morceaux n’a la force de « Thuggish Ruggish Bone », le tube qui a révélé le groupe, ni de « No Surrender », un autre temps fort de leur sortie précédente. Mais le nouvel album a le mérite de s’affranchir du tout-venant g-funk, et d’affirmer l’originalité des rappeurs. Il y est toujours question de violence, de drogues, de criminalité, voire du bonheur de recevoir les aides sociales en début du mois sur « 1st Of Tha Month ». Mais la couleur morbide, annoncée par le nom même et l’imagerie du groupe, se fait encore plus visible.

L’album, pourtant très long, n’a en outre aucun temps mort, grâce notamment à DJ U-Neek, le producteur des meilleurs titres du EP annonciateur. Ici, il peaufine son g-funk noyé dans les vapeurs du cannabis et il joue à fond de la mélodie, comme jamais sur un album de rap, avec des titres, « Eternal », « Crossroads » et « Buddha Lovaz », où le rythme s’efface définitivement. Grâce à cela et à leur flow caressant, les Bone Thugs-N-Harmony multiplient les grands écarts, proposant d’un coup le disque le plus ghetto et le plus grand public qui soit, poussant à son paroxysme le son de l’époque, tout en sortant un album fidèle à son titre : éternel.

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