JOE RATH – Don’t Be A Martyr
Sorti en 2004,
chez Beyond Space Entertainment.
Natif de Clifton, New Jersey, Joe Rath a paraît-il enregistré une dizaine d’albums. La plupart, cependant, sont sortis de manière artisanale, si l’on excepte son He Meant Well, apparu en 2002 chez Motion Recordings, et passé totalement inaperçu. Ce n’est qu’avec Overwhelmed, un EP proposé en 2003 par Beyond Space Entertainment, que le rappeur s’est fait (un tout petit peu) connaître. Les six chansons de ce disque étaient inégales, mais l’entraînant « Marilyn’s Diary » et la beauté sombre de « Parliament Lights », une histoire de copine suicidaire, avaient du potentiel.
Ce potentiel est confirmé dès l’année suivante avec Don’t Be A Martyr. La musique que Joe Rath propose alors n’a pas grand chose à voir avec le boom bap de la ville voisine de New-York. Elle est, au contraire, un aboutissement pour le folk rap de Blanc, pour le emceeing sensible sur fond de guitare, pour le songwriting à la sauce hip-hop. C’est d’ailleurs Poor Richard, le plus orienté pop / rock des collaborateurs du rappeur, qui en produit l’intégralité. Et cette unité de production le sert, comme le placement dès le début d’un « The Bads Outweigh The Goods » servi à la perfection par une guitare, quelques cloches et une boucle de piano, le titre le plus accrocheur du disque.
Le plus accrocheur, oui, mais pas le plus marquant. « Black Prince Distillery », « Caught With Mina Loy », « Especially An Oath » et « Morning Gutter Birds » sont d’autres merveilles, avec leurs récits d’amours tragiques et sans issue, leurs splendides histoires de trahison, d’abandon et de vies ratées. Ils sont des bijoux de philosophie misanthropique, comme « Morning Gutter Birds » :
It’s the cruelty that makes the man,
and of course, it’s not soothing to shake a hand,
there’s sweat and there’s residue,
uneasiness that presses you.
C’est la cruauté qui fait l’homme,
et bien sûr, serrer une main n’apaise rien,
il y a la sueur, il y a des traces,
et un malaise qui t’oppresse.
Le pessimisme est fondamental, souligné toujours par une guitare acoustique ou discrètement électrique, en plus de quelques arguments complémentaires, orgue, piano ou sons synthétiques.
Mais comme l’indique son titre, une phrase que la mère du rappeur aimait lui répéter, ce disque n’est pas fait que de défaitisme. Joe Rath redresse parfois la tête, il invite à l’action sur les deux derniers titres, « Lost Appeal » et « And I’m Spent », ses moments les plus forts, tant par les paroles que par la richesse de l’accompagnement musical. Ce n’est plus ce mariage mal arrangé entre raps et pop / rock qui posait problème sur Overwhelmed. Il n’y a plus les maladresses qui résultent souvent de ce mélange des genres. Sur Don’t Be AMartyr, il n’y a plus que la forme la plus aboutie de ce genre en soi qu’est, dans les années 2000, le hip-hop intimiste à guitare.