NICKI MINAJ – The Pinkprint

NICKI MINAJ – The Pinkprint

Sorti le 15 décembre 2014,
chez Cash Money Records / Young Money Entertainment.

En 2014, Nicki Minaj est la reine du monde. Non seulement est-elle la plus célèbre des rappeuses du moment (et la seule à figurer en bonne place dans le classement Forbes des artistes les plus fortunés), elle est aussi une star de la télé grâce à American Idol, et elle a lancé sa marque de parfums, ainsi que sa ligne de vêtements. Mais à force, la personnalité publique, la diva aux tenues extravagantes, la chanteuse pop qui marche sur les pas de Lady Gaga avec sa pop qui lorgne vers la dance, finit par éclipser la première incarnation de Nicki Minaj : la rappeuse virtuose, celle qui a révélé son talent au micro à travers ses mixtapes, celle aussi qui, en 2010, a surclassé Jay-Z et quelques autres sur le morceau « Monster », de Kanye West, avec un couplet d’anthologie.

Cette version de Nicki Minaj nous promet un grand retour avec un album annoncé comme plus hip-hop que les précédents. Pour souligner le propos, elle l’intitule The Pinkprint, le présentant ainsi comme le pendant féminin du classique The Blueprint, de Jay-Z. Et de fait, elle rappe sur presque tous les titres. Elle imite Biggie sur « Four Door Aventador » et elle renoue avec des exercices traditionnels, comme les égo-trips qu’elle livre sur « Feeling Myself », un duo avec Beyoncé, ou sur ce « Want Some More » produit dans le style d’Atlanta par Zaytoven et Metro Boomin. Cependant, cette sortie n’en demeure pas moins un blockbuster. Elle contient aussi un gros contingent de chansons pop et R&B. Elle est remplie de ballades amoureuses mélancoliques, alimentées par la rupture de la rappeuse avec Safaree Samuels, son compagnon depuis plus de dix ans.

On entend donc de tout sur The Pinkprint : des odes crânes à l’amour physique à deux doigts de la pornographie, de la pop paramétrée pour la piste de danse (« The Night Is Still Young ») et des complaintes sentimentales que n’aurait pas reniées Céline Dion. Avec le tube « Anaconda » (une relecture du « Baby Got Back » de Sir Mix-a-Lot), Nicki Minaj se lance avec effronterie dans un hymne aux gros derrières, et sur « Get On Your Knees », elle entraîne Ariana Grande dans un numéro de femmes dominatrices. Le sexe domine aussi sur le dancehall « Trini Dem Girls », clin d’œil aux origines trinidadiennes de la rappeuse. Mais ailleurs, sur un « I Lied » atmosphérique produit de main de maître par Mike Will, elle revient sur les faux-semblants de la relation amoureuse qui vient de s’achever. Et sur l’élégiaque « Grand Piano », le seul titre intégralement chanté, elle est la victime de la manipulation sentimentale opérée par son ancien amant.

Ce morceau est la conclusion d’un album où, grosso modo, domine le registre de la romance. Au bout du compte, les fans de rap ne trouveront leur compte qu’avec les versions augmentées de l’album, quand Nicki Minaj y ajoutera ses titres les plus rudes et audacieux, comme « Shanghai », et « Big Daddy », où l’accompagne son futur amant Meek Mill, ou quand elle proposera son égo-trip le plus triomphant, « Win Again ». Les éthérés « Mona Lisa » et « Put You In A Room », réservés à l’édition anglaise, sont les seuls morceaux bonus traiter encore le thème de la rupture.

Davantage que son disque rap, The Pinkprint est en réalité l’album personnel de Nicki Minaj, qu’elle entame par des souvenirs douloureux sur l’autobiographique « All Things Go » : celui de l’avortement qu’elle a dû subir adolescente, celui aussi de Nicholas Telemaque, son cousin mort pendant une fusillade en 2011. C’est une sortie dont l’un des meilleurs titres, « The Crying Game », nous parle avec tristesse d’une relation violente, et où deux autres temps forts, « Pills N Potions » et « Bed Of Lies », traitent d’amours compliquées. The Pinkprint est (toutes proportions gardées, pour une sortie tout de même très grand public et très calculée) le grand disque cathartique de Nicki Minaj. Rap ou pas, qu’importe, il est son meilleur album. Conformément à ce qu’elle a annoncé, The Pinkprint est bel et bien son The Blueprint à elle, il est sa grande œuvre.

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