LA CLIQUA – Conçu pour durer

LA CLIQUA – Conçu pour durer

Sorti le 14 juin 1995,
chez Arsenal Records.

Conçu pour durer, se nomme donc cet EP sorti par La Cliqua en 1995 sur Arsenal Records, l’un des tout premiers labels indépendants de la scène rap française. C’est un titre particulièrement bien choisi pour un disque qui conservera une place de choix dans le cœur des puristes (sans atteindre néanmoins les ventes de rappeurs contemporains). Il souffre toutefois d’un gros défaut, un défaut commun aux nombreuses scènes hip-hop européennes : il n’invente pas grand-chose. Il est avant toute chose la déclinaison locale d’un son américain, celui du rap de rue hardcore new-yorkais.

Tout, ici, renvoie au style de mise dans la métropole américaine : les beats produits par Lumumba et Chimiste, avec l’appui du DJ Jelahee, tout en percussions menaçantes, en basses lourdes et en ambiances poisseuses ; l’accent mis sur la technique et l’aisance au micro ; le thème de la rue et de ses dangers, exposé notamment sur le magistral « Tué dans la rue » ; la volonté de représenter son quartier, celui de La Fourche dans le XVIIIème arrondissement de Paris. Il y a même des clins d’œil appuyés vers des stars américaines, des mots de Method Man scratchés en intro, au fameux « control the mic like Fidel Castro » de Jeru the Damaja, samplé sur « Comme une sarbacane ».

Néanmoins, ce disque est bien plus qu’une copie, grâce aux flows agiles et distinctifs de ses cinq rappeurs, Daddy Lord C, Rocca, Doc Odnok (plus connu aujourd’hui sous le nom de Kohndo), Egosyst et Raphaël. C’est à un rap malin, joueur et convaincant que ces hommes s’essaient avec bonheur. Daddy Lord C, notamment, rappe avec la hargne du boxeur qu’il est par ailleurs. Et le Franco-Colombien Rocca impressionne plus encore sur « Comme une sarbacane », quand il jongle entre ses deux langues (plus tard, après sa carrière française, notre homme récidivera en partant à la conquête des Amériques avec le trio de rap hispanophone implanté à New-York, Tres Coronas).

Au regard du festival offert par les raps les beats peinent à suivre. Comme chez la plupart des rappeurs français, dignes héritiers de cette chanson réaliste qui survalorise les mots au détriment de la musique, ils sont mécaniques, secondaires, quasi scolaires. Mais toutes proportions gardées, dans les limites que se fixe alors le rap français, La Cliqua aura bien mérité sa place de choix.

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