FATHER – Who’s Gonna Get Fucked First?
Sorti le 17 mars 2015,
chez Awful Records.
Awful Records, le label et collectif qui, depuis 2014, intrigue blogs et médias spécialisés avec son approche particulière du rap, a pour leader une dénommé Father (ou Fatheraintshit, à l’occasion). Le rappeur et producteur a fondé cette assemblée, et il est celui par qui la sensation est arrivée, grâce à « Look At Wrist », un single où il partage le micro avec iLoveMakonnen et Key!, deux autres représentants de cette génération d’artistes bizarres issus de la capitale de la Géorgie et que, par raccourci journalistique, on a appelé le « New Atlanta ». Il a sorti ensuite, en septembre, le projet Young Hot Ebony. Et six mois plus tard, il concrétise sa vision avec Who’s Gonna Get Fucked First?.
Cet album est son meilleur. Il pourrait être aussi le manifeste du style Awful Records, parce qu’en plus du Father fondateur, s’y présentent d’autres membres : Ethereal, Richposlim, Stalin Majesty, Keith Charles Spacebar, le Blanc du lot, un Slug Christ ici presque supportable, et les deux filles Abra et Tommy Genesis. On y trouve le modèle même du style particulier exploré par le collectif, à la convergence de plusieurs tendances du rap moderne. Celle de Lil B, pour l’aspect halluciné et ce rap que Father déclame sur le mode de la conversation. Celle d’Odd Future, pour sa posture de nerd et de jackass plutôt que de gangster, pour ses instrumentaux sombres et obtus, et pour son goût pour les pochettes choc (notre homme a d’ailleurs partagé dès 2014 la scène avec Tyler, the Creator). E puis celle de la trap music, dont Father reprend l’argot axé sur le sexe et la drogue.
Toutefois, il diverge de cette forme de rap native de sa ville. Si elle aussi se montre synthétique, sa musique est plus sèche, opaque, et parfois minimaliste, comme avec le piano du savoureux « On Me », le sautillant « Gurl » ou, plus extrême, le titre « Vamp ». Aussi, Father ne se prévaut pas d’un passé de dealer. Son point de vue est plutôt celui d’un consommateur épris de fête et, surtout, de sexe. Dans un registre plus potache que la pochette de Young Hot Ebony, celle de Who’s Gonna Get Fucked First?, conçue par Bootymath, délivre à cet égard un message dénué d’ambigüité.
Father, c’est du rap sale, mais bon enfant et libérateur. Les filles y sont un sujet de convoitise, mais ce sont aussi des personnes qu’il faut s’efforcer de faire jouir, pas un objet, pas un signe extérieur de richesse. Sur « BET Uncut », le rappeur et Richposlim questionnent les critiques envers les femmes faciles, et voient en elles le contraire de ce qu’elles semblent : une dénégation misogyne du droit des femmes à la libération sexuelle. Sans donner plus d’importance qu’ils ne le méritent à ces vers, soulignons simplement que, malgré ses abords obtus et un finale nommé « Suicide Party », cet album de Father est une ode à l’hédonisme. Toutefois, il lui apporte une forme inédite.
The Notorious S.Y.L.V.Modifier le profil