CHIEF KEEF – Finally Rich

CHIEF KEEF – Finally Rich

Sorti le 18 décembre 2012,
chez Glory Boyz Entertainment et Interscope Records.

Il y a deux manières de critiquer l’album de Chief Keef. Il y a la première, celle des vieilles barbes du hip-hop, qui vont railler comme à leur habitude les beats pompiers, les thèmes convenus, l’immaturité, les provocations gratuites et les raps sans virtuosité de la nouvelle génération. Et puis il y a l’autre, plus recevable, qui consiste à proclamer que Finally Rich ne remplit pas tout à fait les promesses tenues tout au long de 2012, depuis la prodigieuse mixtape Back From The Dead, qui avaient intronisé Keith Cozart et ses compères comme le next big thing du rap.

La sauce, en effet, a bien monté. En 2012, le rappeur de dix-sept ans a montré tout ce qu’il faut pour faire sensation. Des titres qui ont fait le buzz sur Internet, révélant toute une scène, celle de la drill music. Une grande mixtape. L’intérêt des aînés, Kanye West ayant remixé son « I Don’t Like ». Un arrière-plan social délétère, avec ce Chicago où la violence a explosé ces dernières années. Des frasques en veux-tu en voilà, poursuites pour port d’arme, photos de turlute postées sur Instagram, paternité précoce, et moqueries sur un rival de seize ans assassiné, Lil Jojo. Et in fine, un disque sur major rempli de briscards du rap comme 50 Cent, Rick Ross ou Young Jeezy.

Finally Rich, cependant, n’est pas une révolution totale. Pas plus que la drill dans son ensemble, cette version nordique de la trap music, le nihilisme adolescent en plus. Vu de loin, sa seule marque distinctive est son adlib, « bang bang ». Le disque ne se distingue pas non plus par l’adresse verbale d’un Chief Kief terriblement premier degré, qui préfère les slogans et les mélodies rudimentaires (« Love Sosa », « Hate Bein’ Sober ») à l’art du rythme et de la rime complexes. Avec ces beats préparés pour l’essentiel par un Young Chop sous forte influence Lex Luger, cet album se montre monolithique, malgré les tentatives de diversion que sont « Kay Kay », « Ballin' », ce « Got Them Bands » à la Future, tout en Auto-Tune, et les nappes atmosphériques de « Citgo ».

Ces sons cartonnent, pourtant. Ils offrent des tubes à l’album. Tout répétitif qu’il soit, cet « I Don’t Like » où le rappeur, secondé par son compère Lil Reese, énumère tout ce qui le débecte, est plus efficace que jamais, de même qu’un autre single, cet « Hate Bein’ Sober » auquel se joignent 50 Cent et Wiz Khalifa, très pop avec ses cordes synthétiques, et cet “Hallelujah” à point avec son orgue et ses cloches. Même les rires sinistres qui ponctuent « Laughin To The Bank » font leur effet. Ces réussites excusent la présence de plages plus faibles, comme ces inutiles « Diamonds » avec French Montana, et « Understand Me » avec Young Jeezy, et cet entêtant « Ballin' » précité.

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