DOMINO – Domino

DOMINO – Domino

Sorti le 7 décembre 1993,
chez Outburst Records.

Qui se souvient de Domino, aujourd’hui ? Pas grand monde, sans doute. Et pourtant, à la grande époque, après être apparu sous le nom de Genuine Draft sur le fameux Bangin’ On Wax des Bloods & Crips, le rappeur de Long Beach s’est offert un gros tube en cette année 1993 très chargée. « Geto Jam » que Biggie comme Jay-Z s’amuseront à citer plus tard, marque l’époque. Puis arrive un autre single à succès, « Sweet Potatoe Pie », ainsi qu’un album sans titre plutôt bien reçu.

Les débuts discographiques de Shawn Antoine Ivy sont associés aux deux gangs (pour sa part, c’est aux Crips qu’il était affilié). Mais sa musique, elle, penche du côté cool du rap de bandits. L’homme qui se présente à nous sur le titre introductif, « Diggady Domino », est un joyeux fêtard.

C’est de sexe, dont Domino se soucie avant toute chose, sous plusieurs aspects. Il nous parle de gros arrière-trains sur « A.F.D. » (pour « Ass For Days »), de mineures délurées qui trompent les hommes sur leur âge (« Do You Qualify? ») et de l’importance du préservatif, sur « Raincoat » (pour la petite histoire, le rappeur participera plus tard au projet anti-SIDA America Is Dying Slowly). L’autre grand thème, toujours mêlé à celui des filles, c’est la belle vie (« Geto Jam », « Jam », « Sweet Potatoe Pie »). Et puis, pour faire bonne mesure, il parle du cash qui gouverne tout autour de lui (« Money Is Everything ») et il célèbre ses bases (« Long Beach Thang »).

Domino, c’est du gangsta rap ensoleillé, avec le phrasé souple secoué d’accélérations, les grosses basses et les synthés vibrionnant qui font alors le g-funk. C’est aussi un palier de plus, pour le rap de Californie, vers toujours plus de sucre, plus de mélodies. Rencontré à travers l’aventure Bloods & Crips, le producteur DJ Battlecat lui offre de délicats écrins taillés dans des samples de George Benson, Sly Stone, Teddy Pendergrass et Kool & the Gang. Et puis il a le style vocal de Domino. Comme beaucoup d’Afro-Américains, il a été formé dans des chorales, il a aussi côtoyé Nate Dogg, et il fait comme ce dernier : il est suave, et il pousse la chansonnette. Le tube « Geto Jam » en est l’illustration la plus flagrante, qui est délivré tout du long dans un rap chantonné douçâtre.

Et à part « That’s Real », le titre conclusif plutôt médiocre produit et co-interprété par AMG, tout cela était et demeure très agréable. Ce Domino, en quelque sorte, c’est le chainon manquant entre le premier Snoop Dogg et le premier Warren G. Mais en 1993, en Californie comme ailleurs, il y a embouteillage dans le rap. Ce sont ces plus grosses cylindrées qui sont restées dans la mémoire.

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