MCKINLEY DIXON – Magic, Alive!
Sorti le 6 juin 2025,
chez City Slang.
Si un rappeur appartient bien à la portion lettrée, jazzy et arty du genre, celui-ci est McKinley Dixon. Régulièrement loué par la critique, il traite bien sûr du grand sujet (celui de tout le rap américain, en réalité…) : lui-même, à l’aune de la condition noire. En 2023, avec Beloved! Paradise! Jazz!?, c’est du côté de l’écrivain Toni Morrison qu’il est allé puiser son inspiration. Il lorgne très ostensiblement du côté du jazz, et il est abrité par City Slang, le label européen historique de l’indie rock. Et son album de l’an passé, où le secondent tous les héros de cette veine de rap (Quelle Chris, Ghais Guevara, ICECOLDBISHOP, Pink Siifu, Blu…), manie sans ambages le concept.
Magic, Alive! est son premier album depuis « Run, Run, Run », le morceau qui a élargi son public à travers sa présence dans une pub et dans un jeu vidéo (et il en comprend une suite « Run, Run, Run Pt. II »). Cependant, nous sommes toujours aux antipodes du rap au mètre et de la trap à la chaine. A travers les paroles parfois obtuses de ce cinquième opus, se dessine une histoire. Tenté par le roman et le cinéma, le rappeur nous parle de trois gosses qui recourent à la magie pour ramener à la vie leur ami mort, victime probable de leurs petits trafics, avant de réaliser que le revenant est devenu une autre personne, et qu’il peut lui-même faire revenir les trépassés.
McKinely Dixon, c’est de l’art. Ce rappeur de Richmond (désormais à Chicago) écrit comme dans un livre, exploitant par touches les thèmes de l’enfance et de l’héritage familial. Ses raps sont parcourus d’hypertexte : références à l’œuvre passée du rappeur, à l’histoire afro-américaine, à la mythologie, ou je-ne-sais-quoi encore. Il évoque son parcours artistique, il parle de cette magie d’écrivain et de conteur, capable de donner vie aux gens. Quant à ses compositions, elles sont pleines de vrais instruments dont la richesse, les errances et les divagations doivent tout au jazz.
C’est une œuvre totale, un sophisti-rap d’une musicalité intense et d’une totale diversité. Aux très beaux chants d’Anjimile sur « Sugar Water » succèdent le chaotique « Crooked Stick », le quasi-solo de saxo de « We’re Outside, Rejoice! », le jazz brutal du splendide « F.F.O.L. », l’extatique « Magic, Alive! » et la jolie néo-soul de « Could’ve Been Different ». Au sein d’un même titre, « Recitatif », on entend deux mouvements, l’un délicat, avec flûte, harpe et piano, et l’autre furieux, qui nous assomme de synthé, de percussions et de la voix démoniaque de Teller Bank$. Et au milieu d’un autre blindé de chœurs, « Listen Gentle », s’insère un instrumental symphonique.
C’est trop, bien sûr. C’est bancal et c’est raté, quelquefois. Mais sur une portion substantielle de l’album, c’est assez splendide. Avec Magic, Alive!, McKinley Dixon redonne un peu de couleurs et de vie à ce jazz rap « conscient » de derrière les fagots. Et cela, oui, c’est un peu magique.