RED ANTS – Omega Point

RED ANTS – Omega Point

Sorti le 18 mars 2008,
chez URBNET Records.

Ca n’a pas toujours été sensationnel, Red Ants. Avec leur rap sombre et engagé comme on n’en fait plus, Modulok et Vincent Price ont trop forcé sur la noirceur. Ton martial, discours anticapitaliste, beats rentre-dedans, bruit, imagerie science-fiction, pochette moche aux couleurs de l’anarchie : la panoplie était complète sur Phobos Deimos, et ça n’était pas franchement subtil. Néanmoins, les titres « Lot’s Wife », « Incendiary Objects » et « Future Imperfect » ne manquaient pas d’impact.

Avec ce second album, c’est à peu près pareil. La pochette expose une scène de cataclysme. Les sons sont unilatéralement froids, sinistres et menaçants. Les rythmes sont inéluctablement lourdes et appuyées. La science-fiction est là, ne serait-ce que par ce titre piqué à George Zebrowski. Et Modulok déclame ses textes paranoïaques comme si l’Apocalypse était pour demain, donnant dans la théorie de la conspiration (« Keep Your Satellites Out Of My Brain », « Psychic Dictatorship »), s’en prenant aux MCs vendus (« A Kind Of Grim ») ou dénonçant le romantisme du registre gangsta (« Dirty Space Alchemy »), prenant à témoin, à cette fin, son expérience de déshérité.

Une fois encore, les Red Ants nous envoient dans la figure leur rap de bourrin, avec une furie implacable à la Dälek. La comparaison s’impose du fait des thèmes politiques, d’un goût prononcé pour le bruit et de sons issus des musiques électronique ou industrielle, mais aussi par cette capacité qu’a Modulok à se mettre en retrait et de laisser à la musique le temps de respirer. Ou d’empêcher l’auditeur de respirer, pour être plus exact. Parfois, la similitude avec le groupe de Newark est frappante, comme avec le mur du son et les basses énormes de « Amplification ».

Et tout cela n’est pas déplaisant. Le second album des Red Ants est proche du précédent, mais les bons titres y sont plus nombreux, les moments d’ennui presque inexistants, les sons plus travaillés et plus atmosphériques. Le rap sait se retenir malgré les admonestations et le ton alarmé de Modulok. Le duo en fait beaucoup, certes, mais pas trop. Et des moments comme « A Kind Of Grim » ne sont pas loin d’être des tubes. Trois ans après un Phobos Deimos qui laissait circonspect, Omega Point, balaie les dernières réticences à l’encontre du duo de l’Ontario.

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